On reste sur DD
Je crois que c'est RDB qui nous a informé il y a quelques semaines d'un lien tumblr tenu (très ponctuellement, juste à l'occasion de la série tv Daredevil) par
Joe Quesada Une merveille sur laquelle j'ai passé du temps et vous invite à faire de même,
ici
Je m’impose ici à cette occasion un drôle d'exercice: évoquer le DD de Quesada sans avoir relu le moindre épisode depuis leur parution en single il y a ...longtemps (plus de 15 ans?)
Ce sera donc, comme d'hab ici, plus axé dessin que scénario
Pour moi graphiquement à l'époque il était au top, en pleine possession de son style, ayant enfin un peu quitté Mignola, et encore loin de son photo-réalisme actuel

Gros souci pour moi : Ce run, objectivement marquant, et en tout cas remobilisateur des fans/lecteurs, par Kevin Smith (l’homme qui a tant fait contre les encreurs avec une phrase dans un un film) Quesada/ Palmiotti m'a laissé un goût amer, pour différentes raisons subjectives : trop de noirceur calquée sur l'approche de Miller sans en avoir la profondeur, un manque cruel d'humour, qui pourtant est nécessaire pour désamorcer la noirceur (ce que faisait Miller) une approche judeo chrétienne pataude et pesante, un coup médiatique discutable (la mort de Karen Page) et surtout des dialogues trop présents. Les choses s'améliorent avec le départ de Smith, toujours sous l'ère Quesada, mais globalement je fus déçu car Smith a redynamisé le perso et aurait pu apporter plus, et mieux.
Côté dessins Quesada s'est fait plaisir, mais il a oublié que les comics étaient en petit format et que la réduction, quelle que soit la qualité (réelle) de l'encrage allait rendre la chose moins digeste, surtout alourdi par des pavés de texte et des couleurs trop travaillées et trop détaillées
Rien que le crayonné, avant même que les textes et les couleurs n'alourdissent, était fourmillant.
Magnifique mais pas pensé pour le format comics
Techniquement j'ai adoré mais...trop de dessin tue le dessin
Même cette page de droite, pourtant en pleine page est trop fouillée/fouillie
Il y avait pourtant des tas d'idées narratives/ de découpage
Quesada a reconnu s'être amusé, par exemple avec ces enluminures telles qu'il les faisait avec sa série Ash, mais il reconnait aussi l'erreur car un dessin ultra détaillé, plus ces "fioritures" = lisibilité altérée
La seule touche de pseudo humour ne vient pas de Smith mais de Quesada qui donne à un perso les traits de ...Dolan (Le Spirit/ Eisner)
Et là encore il blinde déjà de noir mais rajoute en plus un fond
Je suis peu être un peu dur, et il me faudrait relire ce run, mais c'est parce que j'attendais davantage de la forme et du fond avec un potentiel pareil
Seconde couche avec un autre passage de Joe Quesada sur une mini série : Daredevil Father. Cette fois il scénarise aussi
Là encore je n'ai pas relu cette histoire depuis le HC mais de mémoire il rate le coche, cherchant à être très analytique, introspectif, jouant sur un tableau très personnel (le lien au père) mais du coup le propos est lourd et des perso arrivent comme des cheveux sur la soupe (j'ai souvenir de sortes de "héros" bizarres/sans intérêt sur la fin, équivalent aux arrivées des Ninjas chez Miller)
Beaucoup furent surpris (dont moi) par le côté carré/énorme qu'il donna au perso. Mais je n'ai pas détesté, même quand il allait loin. Il explique aujourd'hui qu'il voulait dessiner le ressenti d'un personnage traqué par DD, tel qu'il le voit donc. D'où un Matt Murdock plus mince que DD en tenue. Pas bête mais un poil trop poussé
Graphiquement ça tape
Il a tiré des leçon de son run et l'absence régulière de lisibilité à la réduction : Ses planches sont ici très belles, mais plus sobres, moins fouillées, et très lisibles
Le problème n'est plus la réduction, c'est plus l'encrage : il dit aimer Danny Miki mais moi je lui préfère, de loin, un Jimmy Palmiotti plus souple et moins dans la pointillisme maniéré.
Par moment les détails reviennent mais le format de parution est plus grand.
La couleur de Richard Isanove est "peinte" et supérieure à celle du run régulier
Image de fin à la limite du hors sujet : Elektra encrée par le magnifique Al Williamson, sur un dessin ancien période Quesada sous influence Mignola. Le logo bizarre est celui d'un parfum je crois, car il s'agissait d'une fausse pub