Ce livre sort cette semaine
Autant commencer par un bémol : ce n'est pas mon travail favori de Thierry Martin, au dessin. J'insiste sur le mot dessin. Pas l'histoire, ni la narration. Le dessin pur. La "faute" à un choix, assumé et respectable, celui dont nous reparlerons, de la simplification (apparente)
Je suis fan de" la truculence de son trait, et ce livre ne se prêtait pas à cette truculence
Passé un petit effet de surprise, que penser de cet album?
Tout est dit sur la 4ème de couv ci dessus, concernant le pitch
Cette nouvelle de Jack London, Nam Bok le Hâbleur, a plus de 100 ans et il est impossible de le deviner tant son message et non seulement intemporel, mais terriblement d'actualité
Progrès, société de consommation, (sur)information, retour aux sources, trahison, filiation, rejet...tout ceci est dans ce livre à l'épure absolue, mais souvent en filigrane. Une aridité apparente, trompeuse
On se dit qu'on imagine bien ce genre de récit dépouillé, ce huis clos en plein en nature, dessiné par Caniff, Sickles, Pratt ou...Alex Toth. Toth présent dans mon esprit tout au long de l'histoire, avec son mot d'ordre : less is more!
Thierry a enlevé tout ce qui ne servait pas l'histoire, tant au dessin qu'en terme de découpage. Et pourtant il prend son temps, les silences sont aussi importants, voire plus, que les textes
Une épure graphique plus marquée que sur ses autres travaux, dictée par un texte de London que l'on imagine du même acabit
Voici la couv et sa version noir et blanc, piquée sur son blog
3 pages dans les deux versions. Merci à lui de me les avoir passées
La travail au pinceau est très beau, en retenue. Il pourrait se suffire à lui même mais la mise en couleur apporte un plus indéniable, tout en restant dans cette sobriété choisie
98 pages pour une histoire très courte, aux idées importantes, inversement proportionnelles à l'apparente simplicité
Un cadre imposé, au niveau découpage : pas plus de 6 cases par planche. Les pleines pages sont magnifiques (et il vous faudra acheter le livre pour les voir)
Très belle ambiance, presque saturée en noir et blanc, estompée juste ce qu'il faut à la couleur
L'envie de lire la nouvelle est déjà un signe de réussite de l'adaptation
Thierry a travaillé longtemps, mais pas en continu, sur cette histoire. Preuve que faire simple est difficile. A la lecture, ce temps long n'est pas décelable. Preuve du talent
Un conseil de lecture (d'experience) : mettez vous dehors, au soleil (bière facultative) et lisez doucement, prenez votre temps. Une fois le livre refermé, réfléchissez aux messages simples, mais essentiels