J'ai déjà évoqué ce livre de Will Eisner, décortiquant l'art séquentiel. Il en a fait d'autres mais ce tout premier garde ma préférence parce qu'il rappelle des règles de base et permet au dessinateur débutant de se familiariser avec ces concepts, au chevronné de se rafraichir la mémoire, et au fan de plonger les mains dans la cuisine de son art favori
Mini synthèse en ultra raccourci
La base
Une évidence, mais que certains auteurs ne respectent pas : "ne dit pas ce que tu montres ou peux montrer". Ou alors il faut que ce soit une recherche de style volontaire (cf Lecureux et ses récitatifs redondants, mais oh combien savoureux, dans Rahan)
Une même phrase, simple, change selon le langage corporel
L'art du timing
Ce qui se passe entre les cases est l'essence, et l'intérêt, de la BD. Choisir LA bonne image dans un flux d'images potentielles est la clef
J'aime beaucoup ce rapprochement entre animaux et humains, manipulé par l'auteur pour que l'oeil du lecteur joue des stéréotypes très rapidement
J'ignorais ce genre de symbolique
Passons à des exemples tirés de son œuvre
Il y a plusieurs Eisner : le businessman, l’homme de studio (qui employa Kirby...) l'éditeur de magazines pour l'armée...Il y en a surtout deux, en tant que narrateur : Celui du Spirit et celui des "romans graphiques " (je n'aime pas ce terme mais il permet de séparer les périodes)
Sur le Spirit, Eisner faisait du cinéma de papier, jouant de cadrages façon Orson Wells (l'une de ses influences). Beau, impressionnant mais très "poseur/frimeur" (avec élégance)
Ca ne l'empêchait pas de jouer de rythmes moins frénétiques bien sur, comme ici pour marquer le temps qui passe
ou cette célèbre histoire dans laquelle le lecteur découvre qu'un employé de bureau sait voler. Il aurait pu (et il le dit) montrer l'envol sous un angle bien plus impressionnant, mais le choix d'un plan fixe rend la rupture (le gars qui s'envole) encore plus marquée
En vieillissant/murissant Eisner est passé du cinéma au théâtre, car c'est bien du théâtre que notre BD est l'art le plus proche. Cette planche me ravi, exposant à la fois la simplicité "nouvelle" de Eisner, son art de la mise en page et de la mise en scène, les jeux d'ombre, la métacase et en plus les protagonistes sont sur une scène de théâtre
Les "plans fixes" furent l'un de ses dadas, et il en jouait habilement
ce qui n'empêche des expérimentations comme ce récit entièrement "tourné en caméra subjective"
Il y aurait tant à dire
J'y reviendrai
Je termine par un rappel de ce qui est LE plus grand tous les livres d'entretiens sur la BD qui, à ma connaissance et à ma très grande surprise, n'a toujours pas eu de vf depuis tant d'année!! Une bible compilant des tas d'entretiens entre Eisner et d’autres très grands


















































