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vendredi 18 novembre 2016

Rappel de fondamentaux

 J'ai déjà évoqué ce livre de Will Eisner, décortiquant l'art séquentiel. Il en a fait d'autres mais ce tout premier garde ma préférence parce qu'il rappelle des règles de base et permet au dessinateur débutant de se familiariser avec ces concepts, au chevronné de se rafraichir la mémoire, et au fan de plonger les mains dans la cuisine de son art favori
Mini synthèse en ultra raccourci
La base

 Une évidence, mais que certains auteurs ne respectent pas : "ne dit pas ce que tu montres ou peux montrer". Ou alors il faut que ce soit une recherche de style volontaire (cf Lecureux et ses récitatifs redondants, mais oh combien savoureux, dans Rahan)
 Une même phrase, simple, change selon le langage corporel
 L'art du timing
Ce qui se passe entre les cases est l'essence, et l'intérêt, de la BD. Choisir LA bonne image dans un flux d'images potentielles est la clef


 J'aime beaucoup ce rapprochement entre animaux et humains, manipulé par l'auteur pour que l'oeil du lecteur joue des stéréotypes très rapidement
 J'ignorais ce genre de symbolique
 Passons à des exemples tirés de son œuvre
Il y a plusieurs Eisner :  le businessman, l’homme de studio (qui employa Kirby...) l'éditeur de magazines pour l'armée...Il y en a surtout deux, en tant que narrateur : Celui du Spirit et celui des "romans graphiques " (je n'aime pas ce terme mais il permet de séparer les périodes)
Sur le Spirit, Eisner faisait du cinéma de papier, jouant de cadrages façon Orson Wells (l'une de ses influences). Beau, impressionnant mais très "poseur/frimeur" (avec élégance)
 
 Ca ne l'empêchait pas de jouer de rythmes moins frénétiques bien sur, comme ici pour marquer le temps qui passe
 ou cette célèbre histoire dans laquelle le lecteur découvre qu'un employé de bureau sait voler. Il aurait pu (et il le dit) montrer l'envol sous un angle bien plus impressionnant, mais le choix d'un plan fixe rend la rupture (le gars qui s'envole) encore plus marquée
 En vieillissant/murissant Eisner est passé du cinéma au théâtre, car c'est bien du théâtre que notre BD est l'art le plus proche. Cette planche me ravi, exposant à la fois la simplicité "nouvelle" de Eisner, son art de la mise en page et de la mise en scène, les jeux d'ombre, la métacase et en plus les protagonistes sont sur une scène de théâtre
 Les "plans fixes" furent l'un de ses dadas, et il en jouait habilement
 ce qui n'empêche des expérimentations comme ce récit entièrement "tourné en caméra subjective"
 Il y aurait tant à dire
J'y reviendrai
Je termine par un rappel de ce qui est LE plus grand tous les livres d'entretiens sur la BD qui, à ma connaissance et à ma très grande surprise, n'a toujours pas eu de vf depuis tant d'année!! Une bible compilant des tas d'entretiens entre Eisner et d’autres très grands

13 commentaires:

Anonyme a dit…

Dans mes bras, Phil ! Hier Toth, aujourd'hui Eisner, demain Watterson...quel sera le suivant ? iIen qu'à échaffauder des plans pour le devier, c'est déjà du plaisir !

Philippe Cordier a dit…

Hé hé, merci
Non pas de Watterson pour l'instant
je fais/note ce qui me plait, alors si en + ca plait à d'autres...

Plumoc a dit…

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'assertion:"car c'est bien du théâtre que notre BD est l'art le plus proche "surtout si on parle de plans-fixes ou pas-et de caméra subjective.Mais au fond la BD n'est pas plus du cinéma ou de la littérature, voire du graphisme,c'est une écriture autonome, particulièrement complexe,à qui les dessins donnent à beaucoup de personnes peu au fait l'illusion d'un simplisme enfantin voire de simplisme pour débiles.C'est le drame de la BD, même si au fond on s'en tape.
Paradoxe, la BD n'est aucun des arts cités plus haut, vraiment pas-elle ne met pas en marche les mêmes mécanismes dans le cerveau-mais elle est aussi proche de ces derniers.Un comble pour la BD d'être difficile à mettre dans une case, non?

Oui, on aime ce genre d'articles, encore, alors si tu trouves qu'il y a encore tant à dire te gêne pas pour nous faire plaisir avec des posts comme celui-là.

Lionel Garcia a dit…

Au-delà de la scénographie, je partage l'idée que le théâtre représente une influence de nos comis dans le sens, où les personnages que nous apprécions tant versent constamment dans une théâtralité du geste et des expressions... Très souvent, les auteurs amplifient les attitudes, les émotions pour traduire le plus explicitement possible les sentiments et les actions.

Suite à ton entrée sur Toth, j'ai relu avec plaisir le numéro de GLAMOUR INTERNATIONAL. Donc ne te prive pas de nouvelles entrées dans le même style Philippe. Ce sera un plaisir. D'ailleurs, depuis que je participe à ton blog, l'anglophobe que je suis, envisage de se soigner sérieusement et de se mettre à la VO à travers les ESSENTIELS MARVEL et autres compilations en noir et blanc. Auprès de quels spécialistes faites vous tous vos achats?

Pour en revenir sur Toth, existe t'il un ouvrage sur ses travaux dans l'animation? J'avoue que je suis autant intéressé par ses réalisations dans le comic que sur le petit écran.

Plumoc a dit…

Quand je parle de personnes peu au fait, je parle bien sûr de personnes qui n'aiment pas la BD par à priori et la regardent un peu de haut.

Philippe Cordier a dit…

Plumoc je dois t'avouer que j'attendais, et espérais ce genre de "contradiction", car...tu as totalement raison, la BD est un art à part,en lui même, narrativement et tout...Mais j'ai noté ce que j'ai noté, avec une (grosse) pointe de provocation voulue, car la BD est TOUJOURS comparée au cinéma, pour des raisons qui semblent évidentes ne serait ce qu'en terme de sémantique (plan, angle de vue, champ...arrière plan...) alors qu'à la réflexion c'est (encore et toujours) Eisner qui a raison, et avec ce que relève Lionel aussi, c'est de l'art théatral que "nous" somme le plus proche. Mais au final cet art séquentiel est sa propre réference

Lionel jette toi sur les Essential, même si tu ne lis pas tout le simple dessin en noir et blanc, à ce prix là, vaut l'achat. Il m'en manque tellement (je voudrais les Dracula de Colan par exemple) Moi les (rares) vo que j'achète encore sont par le biais de mon dealer historique (ça doit faire 20 ans) Forbidden Zone, mais il y en plein d'autres

Lionel Garcia a dit…

Merci

Pour revenir sur Talk Show, je crois qu'une partie de l'entretien de Gil Kane est disponible dans l'album SAVAGE paru aux Humano. Idem, pour Jack Kirby, je crois qu'une partie de l'entretien est paru dans leur numéro sur le King. Avis aux curieux.

Lionel Garcia a dit…

Mille excuses, j'ai oublié de préciser que pour le King, je parlais des Cahiers de la Bande Dessinée.

Philippe Cordier a dit…

je reste surpris qu'aucun éditeur n'en ai proposé une vf de ce shop talk, un peu comme si aucune trad n'avait été proposée du livre d'entretiens Truffaut/ Hitchkock

Laurent Lefeuvre a dit…

Je rejoins tard la discussion (festival BD oblige), mais je penche généralement pour penser (en gros) que Astérix, Tintin, le Franco-Belge, relève bcp du théâtre, et le comics du cinéma, tt simplement car je crois que nous somme plus éduqués/habitués à aller au théâtre (avec l'école, les représentations à la télé, etc.) tandis que la culture narrative des Américains, avec des acteurs, est aux US est bcp plus celle du cinéma et des séries télé.

Une chose cependant relie à coup sûr toutes les formes de BD au cinéma : L'ellipse !

Du montage ciné qui fait passer un acteur d'un moment/lieu à un autre, la gouttière de la BD entre deux cases (relire ton post sur ce sujet) à la même fonction, quand la pièce de théâtre, à l'exception parfois d'un changement d'acte, joue en live, direct, sans coupure.

Pas de hiérarchie dans ce constat (chacun ses qualités, ses forces), juste une observation.

Quant au "jeu des acteurs" dans la BD, s'il était très fort sous Eisner et d'autres anciens (Franquin, Hergé, Hermann, Uderzo, Kirby...) la culture cinéma, l'usage du photo réalisme dans les comics rend les personnages de plus en plus monolithiques, moins variés dans leurs expressions faciales (visages fermés, et tendus sur-utilisés) et rapprochent le lecteur de son expérience de spectateur ciné (la musique, le montage et le cadre "jouent" à la place des acteurs, alors souvent réduits à des statues en costume).

Sienkiewicz a été dans les premiers à utiliser la photocopie (une même case répétée, voire zoomée, dans une même page, en gauffrier (page découpée en une grille de cases, toutes de même taille) sur un visage identique, avec des bulles différentes.

L'absence (apparente) de jeu, l'économie d'expression; la sobriété, comme mode conscient de narration.

Poussée dans l'extrême, sans réflexion, cela donne des effets sans but.

De Liefeld (New Mutants)jusqu'à aujourd'hui, ces effets faciles imitent le cinéma, mais n'en remplacent pas la lisibilité.

N'est pas Eastwood qui veut !


Philippe Cordier a dit…

oui tu as raison sur le "photo réalisme" qui rapproche de fait plus du ciné
Je reste lassé de ces parallèles omniprésents bd/ciné, et je ne parle même pas des pseudo réalisateurs qui refourguent leurs scénars de ciné refusé, à la bd, sous prétexte que le media est proche et "y a qu'à adapter un peu"
Ce qui se passe entre les cases est un tel potentiel pour une narration spécifique à la BD que singer sans cesse la narration ciné est dommage

Laurent Pelloussat a dit…

En réponse à la question de Lionel : les trois tomes de "The Art and life of Alex Toth" sont magnifiques et passionnants. Le 3ème, Genius Animated, est consacré aux travaux de l'auteur dans le domaine de l'animation. Mais le second tome, "Genius Illustrated", aborde également le sujet. Ton exemplaire t'attend d'ailleurs toujours à la maison, Philippe...

Philippe Cordier a dit…

faut vraiment qu'on arrive à se croiser
je ne sais pas si je t'avais proposé de te l'échanger contre le dernier livret de crayonné Janson que j'avais fait pour Strasbulles, mais il t'attend aussi :)