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mercredi 7 septembre 2016

Histoire de Culte(s)


Voici une BD de 1988 dont j'ai tourné autour de la vf (Comics usa), à l'époque, sans jamais l'acheter.Wrightson me plaisait mais je n'aime tellement pas les thématique habituelles de Jim Starlin (euphémisme) que je ne l'ai jamais lue
Voilà qui est corrigé avec la vf Urban toute récente

Je ne sais pas si, à l'époque, j'aurais adoré ou détesté. Adoré car si ouvertement en lien avec mon livre de chevet, tout juste sorti à l'époque, The Dark Knight Returns, ou détesté car justement trop dans le sillage, mais moins original.
 Avec du recul on voit que la marque au fer rouge est bien là (thématique, violence, noirceur, écrans de tv...) mais Starlin est loin de plagier la forme de Miller (les écrans cités exceptés). Il garde sa voix, contrairement à bien des suiveurs de Miller. Cette histoire bien glauque, d'un gars qui endoctrine les masses en se basant sur la religion et lui fait faire des erreurs, nous renvoie aujourd'hui très amèrement à un groupe de fanatiques innommable.
On sent bien que des tas de récits de Batman postérieurs lui doivent des choses, tels le Batman de Nolan au ciné ou des récents scénar de Snyder. Starlin me plait bien plus sans ses entités cosmiques en tout cas. Il ne révolutionne rien, il fait ce qu'il promet dans la préface de 90 : divertir en faisant un peu réfléchir

Au dessin on ne présente plus le Master of Macabre, Bernie Wrightson, demi Dieu du clair obscur et indétrônable illustrateur de Frankenstein et autres Swamp Thing
Si ses peintures de couv sont belles...
le Wrightson de la grande époque est déjà loin dans les pages intérieures
C'est un travail honnête, mais sans ressemblance avec les grandes pages qu'il a pu réaliser chez DC
Quelques cases sortent du lot et nous rappellent qui est Wrightson, mais elle sont peu nombreuses.
Bill Wray est un excellent cartoonist. Il se chargeait là d'une mise en couleur qui parait un peu vive, clinquante
 
Parfois on sent néanmoins qu'il y a une certaine patte à la couleur
Sur d'autres pages c'est carrément pas mal senti
 Toujours est il que rien ne vaut le noir et blanc pour des auteurs de ce calibre, même lorsqu'ils sont presque l'ombre d'eux même (et il ne sera vraiment son ombre que 3 ans plus tard, sur un travail sur le Punisher)
 
 On sent que Wrightson en a sous le pied, que le potentiel est là, mais il manque quelque chose
 Je trouve celle ci plutôt bien
 Ce qui, à l'évidence, pêche le plus, c'est l'encrage. Sur la dernière case les cassures dans le contour de visage de Batman font presque penser au style raide de Terry Austin, alors que Wrightson était un prince du pinceau
 Un hommage sympathique au DKR de Miller/Janson
 
 Et un autre "hommage" pour finir, celui de Joe Rubinstein
Je suis atterré. Cet encreur au palmarès plutôt impressionnant est malheureusement connu depuis des années pour faire des commandes privées qui sont souvent des recréations, qu'il fait seul, de travaux sur lesquels il était l'encreur. Et parfois il crédite tout juste le dessinateur d'origine. Ici vous avez la couv d'origine de Wrightson puis la recréation de Rubinstein. J'ai vu que le commanditaire précisait que Rubinstein avait ensuite noté un crédit sur la planche mais il s'agit de, tenez vous bien, "Rubinstein 2012/BW"! Quelle mascarade! Il n'a rien à voir avec le dessin d'origine, le refait à l'identique (sauf le bout de costume déchiré vers le ventre), probablement à la table lumineuse, et il signe de son nom à lui, avec seulement les initiales du gars qui a fait tout le boulot!!!!



Une critique sur la vf Urban, Elle ne concerne pas la trad que je ne peux juger, n'ayant pas la vo, mais j'ai toute confiance en l'ami Jim Lainé. Elle concerne le papier : 
ARRETEZ DE PUBLIER DES BD SUR PAPIER GLACE!!!
C'est déjà une erreur sans nom d'une manière générale, mais alors quand en plus les couleurs sont un peu trop vives le problème est décuplé

Pour changer radicalement d'univers sans quitter les "fous de Dieu", jetez vous sur le tout récent Crepuscule des Idiots, chez Casterman. Jp Krassinsky expose, sur 300  belles pages aquarellées, les mécanismes de l'endoctrinement, en prenant le prétexte de primates guidés par un "élu" de retour d'un vol spatial expérimental. Drôle, intelligent, pas lourdingue ni donneur de leçons. Il met en lumière des évidences, ou plutôt ce qui devrait être considéré comme des évidences
 Un vrai plaisir de lecture


 Je pique sur sa page FB un making of de planche car c'est quand même un peu aussi la raison d'être de ce p'tit blog



13 commentaires:

Laurent Lefeuvre a dit…

Super !

J'attendais ta réactionn sur The Cult.

Concenrant les couleurs, et plus que jamais dans ce cas précis : Ne JA-MAIS oublier que les couleurs des comics, de l'époque où ceux-ci étaient publiés sur du papier pour annuaires Ukrainiens sous Brejnev, et étaient donc VO-LON-TAI-RE-MENT excessives, pour ne pas paraître grisâtres une fois dans les pognes des lecteurs !

Comme on rajoute un peu de piment dans certains pays, pour cacher la fraîcheur discutable de la viande, vous voyez l'idée ?

Bill Wray est un génie, et un authentique artiste-peintre. Sa page Facebook (quand il ne poste pas des satyres anti-Trump - autre point commun avec Bill Sienkiewicz, l'autre génie de la couleur de cette industrie) porte son "vrai" nom : William Wray.

J'y passe régulièrement me laver les yeux (et l'âme).

Republier ces couleurs, non seulement aussi criardes qu'elles ont été composées à la base, et DE PLUS sur du papier glacé...

Lamentable.

Pardon pour mon emphase, je suis sincèrement excédé de l'absence de réflexion, de connaissance et de goût, des gens qui prennent le travail des rares artistes de ce métier, pour en faire nos livres.

Cf. : Barry Windsor Smith pour les rééditions de Conan, Weapon-X, etc.

Cheers !

Philippe Cordier a dit…

On est donc (encore) d'accord
J'irai voir cette page sur Wray, que j'aime déjà beaucoup en tant que dessinateur polymorphe mais que je ne connais pas en tant que coloriste par contre
Je te rejoins sur l'absence déplorable, et régulière,de réflexion sur la fab d'un livre, ne serait ce que sur le choix, pourtant primordial, du papier. J'en suis à, souvent, ne pas acheter une BD sur laquelle j'hésite, "uniquement" en fonction de ce choix de papier

Thierry Martin a dit…

Tout à faire d'accord, surtout avec la seconde partie du troisième quarts de l'article. :)

Philippe Cordier a dit…

Quelque chose me dit que tu n'as pas lu le livre cité en 1ère partie du 1er quart :)

Anonyme a dit…

Ne pas oublier… que The Cult n'a pas été publié sur papier journal initialement, mais sous forme de tpb en 4 volumes avec papier plus brillant que semi-mat… donc, les couleurs étaient (probablement) déjà prévu pour ce type de papier, donc VO-LON-TAI-RE-MENT excessives ;)
Jer.

Philippe Cordier a dit…

Mouais, je n'ai qu'un vague souvenir de ces prestige format mais, de mémoire, ils buvaient quand même un peu la couleur (le côté semi mat peut être)
Mais si tu as raison dans ce cas la faute de goût n'est pas QUE de Urban alors

Thierry Martin a dit…

Non mais j'ai lu celui dont s'inspire apparemment le dit livre de la 1er partie ainsi que celui de la dernière partie :) c'est pas mal pour un pov gars de l'est.

Laurent Lefeuvre a dit…

Moi j'ai l'édition en Français (chez USA Comics - 1989 - "Enfer Blanc"), et le rendi des couleurs n'a juste rien à voir. Le papier non plus.

Pas vu l'édition US, mais j'ai Year One tel qu'il est paru en gros la même année : Vive les pays de l'Est.

=:O)

Lionel Garcia a dit…

Dans un entretien à Comic Box, Bernie Wrightson déclarait avoir détesté chaque moment passé sur la mini-série du Punisher. Tout cela ne représentait, à ses yeux, qu'un travail alimentaire. Et Marvel n'ayant rien d'autre à lui proposer, celui-ci s'est résigné à dessiner ce Punisher aux ordres des anges.

A partir de là, on peut comprendre le peu d'investissement de l'artiste. Cela n'implique pas obligatoirement qu'il ne soit plus que l'ombre de lui même.

Comme nous l'avons déjà abordé ici, il est souvent question de démotivation. Et de déception devant une industrie prête à vendre le meilleur comme le pire.

L'attitude de Joe R. me surprend énormément. Son travail n'a rien d'une recréation mais relève plutôt d'une spoliation artistique totale.

Très bel album Casterman. Il s'agit d'une histoire complète?

Anonyme a dit…

Le Punisher avec les anges c'est bien son second passage sur le personnage (pré-Ennis) ? Le premier doit correspondre à la mini de Starlin (POV).

phil cordier a dit…

@Thierry c'est bien, c'est un très bon début dans le monde du comics aussi :)
@Lionel oui tu as raison il est probablement question de motivation, mais pas que. Wrightson, après avoir quitté DC n'a fait, à mes yeux, que baisser, mais la motivation (ou absence de) joue forcément. Et entièrement d'accord sur Rubinstein bien sur
@Anonyme, moi je parlais de POV mais c'est vrai qu'il a fait deux passages, de mémoire du même "niveau" d'ailleurs

Anonyme a dit…

Ah Jim STARLIN.........moi qui lit (que dis-je "dévore"...) ton blog depuis des années je me suis toujours demandé comment on pouvait ne pas être amoureux de son travail et de son univers cosmique qui a amené indéniablement de la "grandeur" dans l'univers MARVEL notamment..... (son THANOS a bien plus de "profondeur" que tous ceux qui l'ont repris après lui, même si j'adore le "look" donné par Ron LIM) : il me fait des dessins depuis longtemps qui orne mes murs avec tant de bonheur.et c'est un artiste complet ce qui n'est pas si fréquent.... alors un petit bout de moi tout au fond du cosmos se réjouit que tu l'ai un peu moins détesté que d'habitude ! Quant à Jo RUBINSTEIN que je connais depuis 15 ans et qui m'a fait de jolies récréations c'est vrai qu'il prend parfois des libertés avec l'auteur original.par contre, quand tu échanges des mails avec lui sur ce que tu désires comme dessin, il crédite toujours l'artiste d'origine..... il est depuis quelques mois au centre d'une controverse avec Al BIGLEY pour des com' non livrées.... je pense qu'en fait le système social américain fait qu'il a de grosses dépenses de santé, qu'il accepte donc tous les boulots pour payer ses factures quitte à ne pas être capable de respecter les délais et que face à la vondicte ne sachant plus quoi dire il fait un peu le mort..... mais en 20 ans il ne m'a jamais planté au final (je pense notamment à une peinture magistrale re créant la couv du Silver Surfer n°1 qui est dans mon bureau !)....... rien n'est simple dans le monde des comic books ! Emmanuel TOSI.

phil cordier a dit…

Salut Emmanuel
Je te rassure je n'ai rien contre ton "idole" Jim :) Je lui reconnais tout ce que tu dis,seulement voilà le souci est lié à ses thématiques : les héros cosmiques m'ennuient, tous, toujours, et depuis que je suis gosse; Je n'adhère pas du tout. Aussi bien traités soient ils
J'arrive à édhérer un eu plus à cette sf/anticipation/cosmique...au ciné, et encore, c'est rare (purée j'ai pas mal aimé le 1er Stra Trek de Abrams!!!), mais en livre et en BD c'est impossible.
Pour Rubistein oui tu as raison il est sympa, pour avori un peu échangé avec lui, oui il a certainement des soucis, mais ca n'excuse en rien cette récréation non créditée, et en plus d'un dessin sur lequel il n'avait rien à voir. Disons que c'est une erreur de parcours