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lundi 13 mars 2017

David Aja

 Un entrée graphiquement un peu lourde, mais on m'a un peu poussé à me pencher sur David Aja, et ce que j'en ai découvert m'a vite fait basculer
Je connais peu ce jeune espagnol, mais qu'il est bon de voir que les fondamentaux que l'on aime inspirent encore une jeune génération
Toth/ Mazzucchelli/Weeks/ Aja? Oui, ça colle
Je ne le connais donc que très peu mais j'avais déjà vu que ce n'était pas un manche en design/covers...
 Il y a quelques années j'avais juste noté que son boulot était sympa, sans plus, sur DD, mais le fait est qu'il remplaçait Michael Lark et que l'encreur de ce dernier faisait le lien graphiquement, donc normal de ne rien voir vraiment ressortir
 
 C'est sur le gros pavé, récent en vf, Hawkeye que j'ai craqué. On en dit tant de  bien, que c'est le renouveau de la BD de super héros...que j'ai été un peu déçu. Fraction ne m'a pas enchanté. Il joue sur des décalages un peu faciles par moments, un traitement décompressé "adulte" parfois irritants, mais ça reste plaisant à lire et semble sortir du lot (je dis "semble", ne lisant que si peu de super héros)
Le dessin est très bon. Aja, forcément poussé par son scénariste (ou au moins par le scénario) découpe avec jubilation, joue des codes, des approches...Super agréable (et à noter que les dessinateurs qui œuvrent avec lui sont bons, Pulido en tête)
 Des petites idées anecdotiques, rigolotes
 un épisode sur la lsf un poil vain mais original
 Aja va souvent vers un minimalisme bien pensé, et je salue surtout l'excellent boulot d'un non moins excellent coloriste, Matt Hollingsworth. Un peu comme Dave Stewart, il applique à son approche la philosophie du dessin ("less is more"). Le papier est également un bon choix puisque non brillant (je crois que sinon je n'aurais pas acheté l'énorme pavé)
 
 Les influences Lee Weeks/ Mazz'/Miller sont évidentes mais plutôt bien digérées
 
 Des clins d'oeils à des genre sont amusants (ici les Romance comics)
 même si par instants on frise un élitisme un peu prétentieux, comme lorsque le design se rapproche d'un Chris Ware (sans aller aussi loin bien sur)
 The clin d'oeil d'Aja à l'un de ses maitres
 
 En parlant de DD, Aja avait déjà illustré un texte sur tête à cornes...
 mais c'est sa participation au Daredevil 500 qui m'avait emballé : scénar de la géniale Nocenti, couleurs du toujours aussi bon Hollingsworth
 
 
 
 
 
 
Une image de DD faisant écho à celle de Batman, par le Mazz (merci à Laurent L pour cet ajout)
Ces images de Daredevil sont tirées de son fort joli blog, d'où je pique aussi cette conclusion : le making of d'une très chouette couv
 Inspirée de cette sublime couv de Mazzucchelli bien sur
 L'outil informatique n'est là qu'un outil, maitrisé et assez discret
 
 
 
 
 
Je garde ma préférence pour son compatriote Marcos Martin, mais Aja me parait à surveiller de près, s'il continue à évoluer comme cela

11 commentaires:

Marty a dit…

Depuis ses Immortal Iron Fist, j'aime beaucoup l'évolution de son style (qui n'a pas toujours été si minimaliste/épuré, par exemple sur son épisode de Wolvie).

Philippe Cordier a dit…

Alors c’est qu'il va dans le bon sens :)

RDB a dit…

J'ai découvert Aja sur "Immortal Iron Fist" où, hélas ! Marvel ne lui a pas laissé le temps de tout faire (les flash-backs étaient dessinés par des invités, plus ou moins inspirés, et certaines de ses couvertures ont fini par être refusées... Parce qu'on n'y voyait plus le héros !).

Pour "Hawkeye", Fraction lui-même pensait que, étant donné les échecs des précédentes séries consacrées au perso, son projet ne dépasserait pas six épisodes. Il a donc avec Aja beaucoup osé dès le début - le principe étant déjà décalé puisqu'il s'agissait de ne pas montrer Clint Barton en costume, dans des aventures spectaculaires. Aja, qui ne pouvait donc pas tenir un rythme mensuel à cause de ses expérimentations dans le découpage, était secondé par des fill-in (Pulido, puis Francavilla, et enfin Annie Wu, pour laquelle Fraction a écrit une intrigue parallèle qui permettait de patienter).

Le succès critique et public (toutes proportions gardées par rapport aux blockbusters Marvel), les nombreux prix gagnés par la série ont donné raison à la fois aux auteurs et aux editors du titre, qui n'était pas impacté par les events et autres parasites. Du coup Fraction a pu creuser son histoire, qui s'est assombrie progressivement, et Aja s'est déchainé avec des épisodes où il s'est lancé des défis insensés (l'épisode du point de vue du chien, celui avec le langage des signes, ou celui entièrement avec des pages en gaufriers de neuf cases).

On peut trouver ça gratuit, mais ces parti-pris sont cohérents avec chaque étape du récit, avec le propos des différents chapitres. Loin d'être juste une collection de "performances", toute la série gagne en ampleur, en originalité. Fraction l'a avoué : sans Aja aux dessins, le résultat n'aurait pas la même force.

A mes yeux, il est bien supérieur non seulement à Martin (qui a montré un peu ses limites depuis qu'il ne dessine plus que ses web-comics avec Vaughan, alors qu'il était bien plus inventif avec le format traditionnel des pages). En termes de storytelling, de découpage, de stylisation, je ne lui vois guère que Samnee comme challenger (et digne héritier de l'école Toth-Mazzucchelli). Les seules différences sont que Samnee est plus productif, moins conceptuel. Mais Aja fait partie de ceux qui défrichent les comics, innovent leur grammaire, les enrichissent : il a une vision très sophistiquée, dont on découvre les subtilités en le relisant (l'épisode 15 composé comme un jeu de mots croisés est stupéfiant).

Pour moi aussi qui ne lit plus guère de super-héros classique, ce "Hawkeye"-là a été une vraie alternative. Et je doute qu'on revoit ça de sitôt.

Philippe Cordier a dit…

ah, je t'attendais :)
je suis moins enthousiaste, mais je confirme l'intérêt évident du Monsieur
Impossible pour moi de juger de ses qualité de narrateur en ne connaissance "que" Hawkeye, puisqu'il y a forcément un rôle du scénariste, mais il est certain qu'il cherche, qu'il réfléchit et bosse bien
Marcos Martin m'intéresse bien plus mais c'est plus une question de goût et d’esthétisme
Samnee recherche moins, il est sur des acquis, superbes, mais sur des acquis. C'est un Alex Toth qui serait en mode automatique, alors que Aja est un tout jeune Toth qui se chercherait encore

Lionel Garcia a dit…

Pour moi, le seul intérêt de "Hawkeye" réside dans l'exigence narrative d'Aja. Un travail de réflexion trop rare et qui se doit d'être salué. Après, les scénarios de Fraction restent lisibles mais sans plus. Si Samnee possède un découpage moins "analytique" son association avec Waid fait de leur Daredevil une réussite bien supérieure à Hawkeye. Dans tous les cas, il est toujours agréable de voir une nouvelle génération revendiquer dans son travail, des noms tels que Toth, Mazucchelli, Eisner...

Le DD 500 a connu une traduction en France? Un Daredevil par Ann Nocenti doit toujours être un régal. Même si j'ai été particulièrement dépité par son travail sur Green Arrow.

Laurent Lefeuvre a dit…

Je retiens une chose de tous ces commentaires et du travail d'Aja lui-même: 30 ans après, comme les prétendants au trône d'Angleterre se succèdent pour tenter de retirer Excalibur de la pierre, on attend toujours l'effet Born Again... AGAIN !

Philippe Cordier a dit…

On peut attendre longtemps, car ces artistes aussi bons soient ils, sont dans les pas, dans la ligne d'anciens revendiqués, donc la rupture que fut Born Again ne peut pas arriver, ou alors ce serait étonnant
Ils sont très bons, sous très bonne influence, et c'est déjà pas mal

Lionel aucun idée pour le DD 500, je sais qu'il est dans un tpb mais en vf, j'imagine qu'ile st aussi dans une compol
Le Green Arroww, tout comme Catwoman, et un autre titre dont le nom m'échappe (une nana de Suicide Squad je crois) furent 3 énormes déceptions pour moi, concernant (l anciennement) géniale Nocenti
En espérant qu’elle revienne un jour, mieux

RDB a dit…

La réflexion sur la "succession" de "Born Again" (en fait tout ce que Miller, Moore et quelques autres ont révolutionné dans les comics) m'évoque un commentaire d'Alex Ross qui estimait que ces histoires n'étaient peut-être que des accidents. Elles sont parues dans un intervalle de temps réduit, donc aujourd'hui on les considère comme une sorte de mouvement orchestré, ou du moins un truc qui se serait produit parce que c'était dans l'air du temps. Une sorte d'alignement des planètes miraculeux. Mais justement accidentel parce que miraculeux.

Le constat qu'en tire Ross, c'est que c'est à la fois terrible - parce que ça risque de ne pas se répéter, ou pas avant longtemps - et excitant - parce que ça peut avoir à nouveau lieu, sans prévenir, sans que personne ne le voit venir. Ou alors c'est, plus simplement, un accident qu'il faut oublier pour avancer, accueillir autre chose.

En ce sens (même si je ne prête pas une ambition "révolutionnaire" à "Hawkeye"), il me semble qu'aujourd'hui on a affaire à des auteurs qui sont tiraillés entre le désir d'égaler (voire surpasser) Miller, Moore et compagnie (une des fixettes de Grant Morrison par exemple), et le désir d'écrire "à côté" de ces monstres, en les commentant presque (via des exercices narratifs distanciés, soit légèrement ironiques, soit plus mordants). Fraction avec "Hawkeye" s'amuse, avec l'aide d'un type comme Aja (capable de "upgrader" ses scripts), avec des codes rendus mémorables par Miller, Moore et leurs artistes. Warren Ellis tente (dans ses bons jours) des choses plus radicales. D'autres encore mixent des références BD avec des astuces empruntées à des romanciers, cinéastes ou des showrunners de séries télé (Brubaker, Vaughan, Bendis, Millar) - quand ils ne nagent pas dans les deux bassins (aujourd'hui plein d'auteurs et artistes travaillent pour différents supports à côté des comics, leur port d'attache).

Pour ma part, je ne suis pas nostalgique des classiques de Moore, Miller, etc. J'ai eu la chance d'être présent lorsqu'ils les ont publiés, d'en ressentir et d'en digérer l'impact. Aujourd'hui, ce n'est ni mieux, ni moins bien, juste différent. Pareil pour les dessinateurs : j'apprécie de retrouver chez certains des reliquats de grands maîtres, mais je préfère encore quand ils sont capables de les réinterpréter, de les revitaliser, de les réactualiser. C'est pour ça que j'admire un mec comme Aja, dont on voit les origines graphiques, mais qui en livre une version personnelle et puissante : il donne du biscuit au lecteur et au critique.

Philippe Cordier a dit…

Pour moi, globalement et avec tout le raccourci qu'implique cette généralisation, côté scénar/histoires ce n'est pas différent, c'est moins bien.Entre les gars qui surfent sur la mode, les copies de films, les redites, les hommages/clins d’œils lourdingues...je ne vois pas grand chose surnager
Il y a de bons raconteurs (Vaughan, Brubaker...)quand ils s'en donnent la peine, mais ils sont plan plan
Sur le dessin c'est un peu différent car techniquement il y a de très belles choses, mais narrativement ils dépendent des histoires donc...cf 1er paragraphe

Ca n'empêche pas de lire des choses sympas, mais sans trop attendre

duphot a dit…

Super ! J'avais pas fait attention à toutes ces références à mazzuchelli, surtout le chien mouillé sur la table ! :-)

Franck Biancarelli a dit…

En toute logique, j'aurais dû me faire insulter dans les commentaires de cet article. Je suis un peu déçu. :)
(Je ne suis pas un robot).