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lundi 5 décembre 2016

Carmine Infantino

 Qui est Carmine Infantino? 
Résumer en quelques lignes près de 60 ans de carrière? Facile!
Grand nom du Silver Age des comics. Né en 1925, mort en 2013
Connu pour avoir œuvré assez vite/jeune chez DC, sur des titres emblématiques comme JLA, Adam Strange, Green Lantern, et surtout celui qu'il a refaçonné et auquel il fut le plus lié, The Flash.
En 68 il devient Directeur Editorial (en grande partie promu par DC pour le garder car Stan Lee voulait le débaucher) A ce poste (puis comme Publisher dès 71) il fait de belles choses pour DC comme débaucher Dick Giordano, débaucher (coup de maitre) Kirby, nommer Joe Kubert editor... 
En parallèle des ses activités éditoriales il dessine un peu de pages intérieures, et beaucoup de couv (les siennes ont toujours fait vendre) 
Viré de son poste décisionnaire comme un malpropre en 76 (il aurait "fait perdre" 1 million à DC pendant que Marvel en perdait pourtant le double) il a gardera une gigantesque rancœur. Il reprend alors son boulot de dessinateur free lance pour Marvel (et Dc) mais dit ne jamais voir retrouvé la flamme et avoir approché le dessin, à ce moment là, comme un simple job

Un exemple de couv iconique de sa main


 Il dessina, avec Murphy Anderson, l'une des plus célèbres images de Batman et Robin
 Revenons un peu sur l'un des buts de ce blog : l'encrage
Celui qu'il fit venir chez DC, Dick Giordano, est probablement l'un de ceux avec qui le mix fonctionna le mieux, leurs styles d'encrage étant assez proches
 Il faisait aussi une belle équipe avec son ami Joe Giella
 Celui que l'on associa beaucoup à Ross Andru, Mike Esposito, finissait bien ses crayonnés
 Je trouve les finitions du jeune Bob Wiacek admirables, texturant des dessins souvent un peu simples
 Avec une autre approche, Terry Austin modernisait un peu Infantino. L'un de ses encreurs favoris
 Je ne suis pas (du tout) un admirateur de Infantino en tant que dessinateur. Je ne suis pas fan de ses raccourcis, ni de son utilisation TRES intensive de compositions à base de diagonales (comptez sur un comics de 22 pages combien de cases sont composées autour d'une diagonale!! (Effarant) Même si je reconnais un dynamisme et un sens du mouvement. Il disait adorer le design mais je n'ai pas assez lu de ses comics pour en juger. Ajoutons à cela la quasi impossibilité de lire du DC en vf quand j'étais gosse et me voici largué en matière Infantinesque
Reste que c'était un excellent encreur, qui avait trop peu le loisir (et l'autorisation) de s'encrer lui même. Un exemple de page 100% Infantino avec ce trait de plume cassant, nerveux
Des duos sont très intéressants, comme le prouve ici la finition souple de Bret Blevins sur un trait plutôt cassant
 Beau travail du très bon Steve Leialoha
 La "graisse" apportée par le génial Tom Palmer donnait un  côté Buscema aux dessins
 Etonnant encrage d'un jeune Walter Simonson
 Deux philippins très connus pour avoir finis (de manière intensive) les dessins de John Buscema sur Conan, appliquent la même recette sur les dessins de Infantino qu'ils font leurs : Ernie Chan...
 et Rudy Nebres
 Surprise de voir l'artiste Alex Nino comme "simple encreur"
 Et pour finir, en beauté bien sur, l'incontournable Klaus Janson qui apposait sa patte magique sur les (rares) DD de Infantino. Il assurait la continuité graphique de la série et son style est donc prépondérant. C'est plus marqué sur des scènes statiques sans les tics du dessinateur, que sur d'autre (la dernière page ici) composées tout en mouvement et diagonales
 
Un homme qui déteste Bob Kane est forcément bien. Il fait partie des détracteurs de Kane de la première heure, mais de ceux qui l'ont connu et savent de quoi ils parlent. Il s’agit de première main, et non de ragots, quand il évoque cet homme roublard (pour ne pas dire escroc) qui verrouille, seul, les droits de Batman, éconduit ses partenaires, ne sait pas (ou si peu) dessiner mais refuse (longtemps) de reconnaitre qu'il fait appel à des dessinateurs à qui il impose l'anonymat (il amenait chez lui des pages sur lesquelles DC demandait des retouches, au lieu de les faire sur place, et pour cause, il lui fallait trouver un dessinateur)

16 commentaires:

Laurent Lefeuvre a dit…

Super d'avoir un éclairage sur ce géant un peu oublié des plus jeunes (comme Gil Kane). Certains tics de son dessin (menton et nez pointus) me l'ont longtemps fait mésestimer.

L'encrage de la planche du Fauve sous la pluie (encrée par Nebres) me scotche complètement ! ça vire à l'abstrait, il n'y a quasiment rien... et on comprend TOUT !

Des pages comme ça, tu m'en dégottes tous les jours, s'il te plaît !

Philippe Cordier a dit…

Merci, c'est un des plaisirs de tenir ce blog, mais c'est un peu plus long alors ce sera un plaisir...irrégulièrement présent

Moins je lis de comics modernes plus je lis de livres sur les grands anciens,dont je n'étais pas forcément fan à la base (Infantino, Colan, Sinnott, Sal Buscema...je vais finir par lire des livres sur Gil Kane :)et le lieu commun se vérifie : plus on croit connaitre, plus on creuse et plus on constate son ignorance (mais quel plaisir encore une fois)

Laurent Lefeuvre a dit…

C'est ça.
C'est une manière optimiste de dire qu'on préfère ce qu'on a lu avant, qui nous a formé et marqué, sans être triste, passéiste ou nostalgique !

Ce que tu montres me fait bien moins penser "c'était mieux avant" que ressentir l'envie d'exhumer des choses comme (par exemple) cette planche du Fauve qui m'exalte totalement ce matin, tout comme certaines planches de Gotlib (te connaissant, tu ne laisseras pas passer l'occasion de te repencher sur son cas, pas vrai ?) me reviennent en mémoire au hasard des hommages dur la toile.

On découvre alors de nouvelles facettes émotionnelles, à des bijoux dont on croyait avoir fait le tour depuis belle lurette.

Bonne nouvelle !

Philippe Cordier a dit…

oui tout à fait, c'est plus le plaisir de la découverte que l'idée de se réfugier dans un "passé doré"
Ce cher Gotlib, déjà tant regretté!!! J'aimerais me pencher sur son cas, oui, mais par quel biais et quand...? A voir

Laurent Sieurac a dit…

Pas fan du tout de Infantino encreur pour le coup ni du rendu de Blevin...par contre, comme laurent L, l'encrage de Nebres (sur une page 100% ambiance certes!) dépote grave. Pas sur cependant que le reste oit autant à l'avenant car l'encrage de Nebres est aux antipodes du trait super dynamique de Carmine.

Pour feu gotlib, si tu veux l'attaquer par le biais comics, il y a du Neal Adams ;)

Laurent Lefeuvre a dit…

... et le Patineur d'Argent !

Et que dire aussi de sa moquerie du style Hogarth, avec la parodie de son Tarzan (découvert dans Strange 113 (L'Histoire de la Bande dessinée, à la fin).

Il aura aussi "singé" le style de Druillet, et quelques autres.

C'est rare, un auteur du "franco belge" capable de faire le caméléon, tout en gardant son identité propre.

L'héritage MAD, évidemment !

Philippe Cordier a dit…

Laurent (S) moi j'aime bien ce que j'ai vu de son propre encrage, nerveux, cassant...mais faudrait que j'en vois plus
Pour Gotlib tu parles de ça? :)
http://philcordier.blogspot.fr/search/label/gotlib

Franck Jammes a dit…

J'étais pas trop fan de monsieur "arabesques et contorsion" que j'avais découvert sur la Guerre des étoiles et sur quelque Marvel avant de tomber sur ses premiers Flash (en pockets). Depuis, j'ai revu mon opinion. La planche de Nova m'a marqué, j'aimais bien cette ambiance nocturne et je m'aperçois à quel point il trichait sur les perspectives (on dirait que le Redresseur se tient sur le toit d'une maquette... et ça marche !)

Laurent Sieurac a dit…

C'est ça Phil, j'avions z'oublié que tu avais fait une entrée là-dessus ;)

Philippe Cordier a dit…

T'as raison Franck, il disait /revendiquait même le fait de ne pas respecter l'anatomie...pour privilégier le mouvement et le dynamisme

Plumoc a dit…

Infantino était un dessinateur à encrage, il fournissait une base solide à des encreurs de tous styles qui pouvaient se déployer et il restait parfaitement identifiable. Un styliste, certaines combinaisons ont donné des trucs incroyables sur des histoires courtes.
Je n'aimais pas ses personnages aux guiboles pliées au départ et deux ou trois autres trucs, mais, finalement, il me plaisait bien, il racontait de manière très efficace et dynamique. Je garde en mémoire ses épisodes de la Guerre des Étoiles, j'adorais ses Spider-Woman avec Leialoha,ses Nova m'ont marqué aussi, bref c'est pour moi un dessinateur qui a compté.

Il a dit avoir fini sa carrière de dessinateur complètement épuisé, sans regret.

A l'éditorial DC il n'a pas laissé que de bons souvenirs-comment dans cette situation peut-il en être autrement-Neal Adams a presque dû le menacer physiquement pour que les dessinateurs puissent récupérer leurs originaux.Ils étaient systématiquement détruits par un préposé chargé de les couper en petits morceaux , ce qui a fait bondir Adams.
Ironie, avec le recul,c'est cette pratique et l'intransigeance du bonhomme qui aura permit à Marvel de retrouver la voie du succès et à toute l'industrie de sortir de la crise, celle précisément qui l'aura fait virer de DC, puisque c'est Infantino qui a refusé à Dave Cockrum de garder la double planche du mariage de Duo Damsel et Bouncing Boy de la Légion des Super-héros que ce dernier mettait en scène, ce qui a très fortement contrarié Cockrum aussitôt parti créer les Nouveaux X-men chez Marvel, avec les succès qu'on connaît. Infantino qui a aussi refusé à Cockrum de travailler conjointement pour DC et Marvel, alors que les deux editors en chef étaient d'accords. Cockrum a pu se concentrer sur les X-men, avec certains concepts destinés au départ à DC.
Le succès des X-men à conduit en réaction à la création des Teen Titans chez DC, autre réussite commerciale décisive.
Infantino est donc une des plus grandes figures de l'histoire de l'industrie des comics.Par tout ce qu'il a amené volontairement, créativement...et tout ce qu'il a amené involontairement!
Infantino avait aussi proposé à Stan Lee une entente sur les salaires des artistes DC et Marvel pour éviter la surenchère. Ça n'a pas dû lui faire que des amis.

Philippe Cordier a dit…

Merci pour toutes ces anecdotes; je ne connaissais pas celles concernant Cockrum
Beaucoup de grands Messieurs de cette époque ont tendance à ré écrire l'histoire à leur sauce (tous ne vont pas dans les excès de Stan Lee et sa "mauvaise mémoire" néanmoins)
Sur Infantino et Adams c'est "amusant " car Infantino suggère qu'il est à l'origine de plus de droits et de la récup d'originaux. Adams, pas le dernier à se faire mousser, en fait des tonnes dans le sens inverse, mais il a probablement raison
Observer tout cela est passionnant mais malheureusement les témoins directs commencent à se faire rares

Lionel Garcia a dit…

J'ai le souvenir d'un Conan d'Infantino encré par Alfredo Alcala magnifique. Le foisonnements de traits de l'un pour enrichir la dynamique des dessins de l'autre. On ne rappellera jamais assez, l'alchimie que pouvait représentait l'association dessinateurs/encreurs...

Philippe Cordier a dit…

Un temps presque révolu

sniff

Guillomcool a dit…

J'ai beaucoup aimé cet article et c'est la planche encrée par Alex Nino qui m'impressionne le plus. J'ai toujours eu un sentiment très favorable envers le graphiste qu'est Carmine Infantino : peut-être parce que mon premier Strange était le numéro 163 et qu'il y dessine l'épisode d'Iron Man :) Je préfère le Carmine Infantino en fin de carrière avec ce dessin haché, nerveux, en rupture. J'étais pas trop fan de son travail sur Star Wars, car l'identité graphique des films est beaucoup trop travestie à mon goût pour le coup, ses runs sur Spider Woman et Nova que je n'ai pas lu entièrement (et ça remonte à l'enfance) reste des petites madeleines de Proust que je garde garde sur ma liste des "à lire". Mais je crois que je préfère retrouver Carmine Infantino en mercenaire, sur des épisodes fill-in et je suis très surpris de découvrir qu'à cette époque il dessinait sans passion car je trouve que c'est précisément à cette période là qu'il avait atteint son top niveau graphique.

Je ne suis pas surpris par le contenu dans le commentaire de Plumoc : Carmine Infantino avait un double visage et l'une ou l'autre de ces 2 facettes s'exprimaient selon le côté de la barrière où il se trouvait. Dans la biographie de Jean depelley j'ai vraiment été déçu par Infantino lorsque j'ai réalisé qu'il avait très arbitrairement fait arrêter les New Gods à Jack Kirby et qu'il lui avait imposé Vince Coletta comme encreur. Je peux comprendre qu'un homme ait le sens du business et soit insensible à une partie des revendications de ses salariés. C'est une règle du jeu immuable. En revanche je ne peux pas comprendre le comportement d'un artiste avec des responsabilités éditoriales qui entrave l'activité et l'oeuvre d'un autre artiste sans raisons professionnelles valables. Là je ne valide pas. L'anecdote des planches découpées chez DC est consternante et aussi violente que la destruction des planches organisées par Jim Shooter ou la disparition des planches "orchestrées" par Stan Lee chez Marvel. Il n'y pas que sur les grilles de salaires des artistes que les usages de Marvel etDC étaient communs.

Il serait très intéressant qu'un documentaire sur la BD voit le jour uniquement par le prisme de son support essentiel : la planche de BD !

Avec une articulation autour de points permettant l'historiographie de ce média :

- La durée de vie d'une planche
- La perception de la planche par les éditeurs
- La perception de la planche par les artistes
- La mise en œuvre pour la conservation d'une planche
- L'achat des planches par les collectionneurs
- Le prix des planches : valeurs industrielles/valeurs artistiques
- etc ...

J'dis ça, j'dis rien .... ;)

Philippe Cordier a dit…

Excellente idée, mais qui intéresserait une niche (dont nous, dans ladite niche bien sur :)
J'ai juste ce livre, qui évoque déjà le rapport des collectionneurs à leurs planches fétiches Intéressant,mais un peu léger
http://twomorrows.com/index.php?main_page=product_info&cPath=95_94&products_id=988