Rechercher dans ce blog

mercredi 23 décembre 2015

Eisner de Noël

 Bon d'accord, il est un peu tard pour que vous achetiez un cadeau de Noël à temps pour le mettre sous le sapin, mais vous pouvez toujours vous faire votre propre cadeau, en décalé
Ce bouquin est une merveille
Abrams Books a fait un superbe boulot, de fond et de forme. Grand format, beau papier mat, plus de 200 pages...
Des livres sur le génial Will Eisner, il y en a des tas (pas impossible que je les ai tous) Celui ci est différent car il est plus axé sur l'image. Paul Levitz (qui fut président de DC Comics) rend un texte intéressant, qui n'apprend certes rien, ou presque, au fan bien à jour, mais il met en perspective le parcours de Eisner, et son apport. 
L'iconographie est un régal
La chronologie est respectée, avec des photos (comme la plus connue, celle ci)
 des repros de boulots peu vus de sa période dans l'armée/com de maintenance par exemple
Des repros de journaux éditant le célèbre Spirit
La mise en page en met plein les yeux car profitant souvent du grand format du livre
Exemples


de nombreuses illues (comme ci dessus et ci dessous) sont tirées des originaux eux même
Des docs rares sont mis à jour comme des histoires courtes, un bout d’histoire inédite du Spirit ou cette première page réalisée bien après la fin du Spirit
ou cette peinture, l'une des rares que je ne connaissais pas du tout, reprenant ses perso emblématiques, ceux animés/créés jusqu'à ce qu'il s'attaque au Spirit
Ma préférence allant nettement aux livres réalisés bien après le Spirit, ce chapitre m'a emballé
A commencer par son œuvre fondatrice de 78
dont le livre présente des repro d'originaux (encrés ou crayonnés/rough)


Le titre de couv, ainsi que les têtes de chapitres sont l’œuvre de l'un des plus grands lettreurs us, Todd Klein
Sur son blog, , il présente son travail sur ce livre, avec ce genre de comparaison entre la typo de Eisner et celle dont il s'est chargé lui, en s'en inspirant. Il reconnait un stress certain, Eisner étant également un lettreur hors du commun


Les dessins ci dessous ne sont pas tirés du livre mais je les mets car peu vus; Celle ci est liée à son ami/agent Denis Kitchen, dont il est souvent question avec Levitz
Je ne connaissais pas celle là, et elle me plait
Pour finir, histoire de rappeler que Will Eisner fut, avec Joe Kubert, le seul à être aussi bon à sa table à dessin que sur l'aspect business (il y en eu d'autres, comme Capp ou Caniff mais ils œuvraient dans les strips) un dessin bien d'actualité
La réponse est "oui...mais ce n'est pas facile (du tout)"
Pour les fans de l'auteur...allez y sans hésiter (prix pas excessif de 40 usd)
Pour être honnête et complet, des livres qui sont bien plus exhaustifs sur Eisner, il y en, dont les deux principaux sont celui ci (sans images, ou quasi)...
Et celui là

Le livre, de très loin, le plus instructif, est celui ci, compilant des échanges entre Eisner et les plus grands auteurs de strips/Comics
A ma connaissance il n'y en a pas de vf, malgré une annonce trouvée
Celui ci aurait dû être un sommet équivalent à Truffaut/ Hitchcok; Raté à cause de sujets pas assez approfondis et un Eisner n'ayant pas assez préparé son entretien (en terme de connaissance du travail de son ami/interlocuteur) Dommage, j'aurais aimé l'adorer ce livre
En terme purement visuel il y a également des bouquins qui sont supérieurs, tels ces vf introuvables à petits prix (le 1er est mon chouchou car 1er pavé sur Eisner que j'ai lu et relu des dizaines de fois)
 
Mais surtout, le Graal en la matière est ce gros pavé de Dark Horse rempli uniquement de rough/crayonnés. Une merveille (Soleil en a fait une vf)
En tout cas, pour qui veut un beau livre offrant une bonne synthèse de textes et d'illustrations, sur la carrière de l'un des très rares auteurs BD méritant tous les superlatifs, le boulot de Paul Levitz est parfait
et Joyeux Noël à tous

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Quel beau sujet pour finir l'année ! ...effectivement ta connaissance sur le sujet semble insurpassable ! Une petite réflexion philosophique pour clore l'année sur l'un des panels montrés : oui, avoir de la liberté (pour faire une œuvre ou dans toute autre chose) est un sacré challenge...mais avoir des contraintes à respecter me semble aussi un challenge important car on voit justement quel est le génie de l'auteur pour s'approprier le cadre défini et le sublimer (ça me paraît vrai pour la versification en alexandrins, pour le respect de la règle de l'unité et du temps au théâtre...etc). A l'inverse, certaines œuvres sans règles me paraissent parfois peu maîtrisées et aboutissent à un résultat décevant, même quand c'est un grand ma^tre (c'est patent en poésie...) Bref ,qu'est ce qui stimule le plus l'esprit créateur : la liberté ou la contrainte ?

phil cordier a dit…

Excellent sujet de bac; Et je me suis fais la même réflexion que toi concernant cette liberté et la contrainte en mettant ce dessin, car me revenaient en mémoire des réflexions de Byrne évoquant l'intérêt de travailler dans le cadre du CCA et de ses règles de fer, ce code us tombé en désuétude aujourd'hui. C'est un énorme sujet et ca me renvoyait à ce run de Mark Millar avec Romita Jr : avec le même personnage il est allé beaucoup plus loin dans la violence que Byrne en son temps, et pourtant Millar est loin d'être forcément plus "mur et libre" que Byrne qui savait se jouer des contraintes; Exemple : Millar demande à ce qu'on voit Logan éviscérer les méchants en gros plan alors qu'il faut relire la scène de Logan dans les égouts du club des damnés pour constater qu'avec presque uniquement du hors champ/suggéré l'efficacité de l'ancien surpasse, pour moi, le moderne

Lionel Garcia a dit…

Des tas de livres qui font regretter de ne pas maitriser la langue de l'Oncle Sam.

Pour les cadeaux de dernière minute, je suis en train de dévorer "MARVEL COMICS,l'histoire secrète" de Sean Howe paru chez Panini Books. Un condensé de témoignages connus et officieux qui décrit la "Maison aux Idées" comme une machine à broyer la créativité. Passionnant!

Et pour finir, encore bravo pour le travail sur l'intégrale d'Abraham Stone et du Photonik "Le dernier des Sagamores". J'ai reçu ma commande hier soir et c'est du bonheur.

Philippe Cordier a dit…

Oui, livre très fun, dont je parlais là de la vo
http://philcordier.blogspot.fr/2013/03/marvel-comics.html
Seul petit reproche : les commentaires sont souvent de seconde main donc pas toujours 100% fiables contrairement au génial livre Shop Talk évoqué. Mais excellente lecture

Merci beaucoup pour ton retour sur Photonik et Ab Stone, qui fera plaisir à Mister Raph. Sur le Sagamores moi je partais plus sur un papier moins épais mais le chef a forcément raison :-) (et ca permis le dos carré)
Pour le Kubert je suis ravi du résultat, à tous les niveaux; Les auteurs qui l'ont eu en main sont aux anges de voir la qualité du boulot de Kubert en noir et blanc (le livre est resté des semaines sur la table à dessin de Mister Janson, si c'est pas du compliment ça:)

Lionel Garcia a dit…

Je suis d'accord avec le chef(sourire). Je m'attendais à un fascicule classique bien fait, au vu du nombre de pages pour le Photonik. Et j'ai beaucoup aimé la tenue du fascicule grâce au dos carré. Du coup, le récit de Tota trouve un écrin à sa mesure.

Vivement les prochaines parutions.

Philippe Cordier a dit…

C'est pas faux

JP Nguyen a dit…

Pour revenir sur votre petit débat liberté vs contraintes, mon avis est : ça dépend.
L'histoires des comics des années 80 regorge d'exemples où les diktats des Editors (Jim Shooter) ont contraint les auteurs à changer de plan, pour des résultats pourtant mémorables.
Cependant, quand cela touche à la censure, certaines histoires se retrouvaient trop édulcorées.
De nos jours où c'est open-bar, les auteurs-stars font ce qu'ils veulent (Bendis par exemple) et la violence graphique est quasiment sans limite chez les indes (Image, Avatar) mais ça ne fait pas toujours les meilleurs récits.
Autre exemple de contrainte formelle : écrire pour un mensuel, un épisode de 22 pages qui accroche le lecteur, où il en a pour son argent et qui lui donne envie de revenir le mois suivant... C'est très différent de l'écrire pour le Trade Paperback où le découpage en chapitre est plus ou moins artificiel et où les auteurs peuvent se permettre des coups de mou...

phil cordier a dit…

alors globalement JP je lis plus ton commentaire comme "je suis de l'avis de Phil" que "ça dépend" :-)
Autre exemple lié à cette entrée : Eisner ne voulait aucun costume pour le Spirit. C'est l'éditeur qui a demandé un costume, fermement, et Eisner a concédé...un masque. Non pas que sans masque le résultat aurait été moins bon, mais ce "masque" est devenue une marque de fabrique très forte

RDB a dit…

Quand je serai un peu plus riche, je craquerai volontiers sur ce beau livre que tu nous présentes là. Mais de toute manière, je prends déjà une bonne résolution pour 2016 : celle de lire (relire même) plus d'Eisner. C'est comme se promettre d'écouter les Beatles ou de regarder les films de Woody Allen : ça remet les pendules à leur place (comme dirait Johnny H !).

Il y a un élément sur lequel je reviens brièvement dans ton entrée, c'est cette très belle photo d'Eisner à sa table de travail au début. Je la trouve... Emouvante. Pourquoi ? Parce que, en vérité, elle exprime la vérité de l'auteur de bandes dessinées : je ne suis pas un intégriste, qui refuse l'apport de l'informatique, le progrès technologique, etc. Mais j'aime garder à l'esprit que faire des BD, c'est les faire à la main. C'est un artisanat.

J'éprouve toujours cette émotion spéciale quand je vois la photo d'un dessinateur, particulièrement un grand maître, à sa table à dessin, trempant une plume ou un pinceau dans un encrier car j'espère que la BD restera toujours cet art fait à la main, ce prolongement manuel d'histoires imaginées par des esprits inventifs, respectant à la fois leur besogne et ceux qui la lisent. Pour moi, c'est aussi important que de continuer à apprendre aux enfants à écrire à la main, avec un crayon, et non pas sur des tablettes, des claviers, des machines.

Mais cela ne sera possible qu'avec des gens qui, comme Eisner, avait autant de plaisir à faire de la BD qu'à nous l'enseigner. Ce grand homme avait compris cela : faire et transmettre.

phil cordier a dit…

J'aime aussi ces photos, et particulièrement celle que tu évoques qui est l'une des rares photos que je me souvienne avoir entièrement repris, avec mes petits moyens, en dessin

Relire du Eisner est toujours un plaisir. Je me souviens avoir relu tous ses Graphic Novels pour un hommage dans Scarce et je craignais une petite lassitude (pour les avoir lus assez peu de temps avant), lassitude qui n'est bien sur jamais venue. Il y a toujours quelque chose à prendre/ressentir