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mercredi 27 novembre 2013

L'encre d'Asterix

Joli cadeau d'anniv, le dernier Astérix en version luxe, c'est à dire l'album un peu plus grand, un dossier sur la réal et, surtout, les planches au crayon, grand format. Chouette bouquin
Le livre a été disséqué par plus érudit que moi. Je sais juste que j'ai aimé cet épisode comme j'ai aimé certains des anciens Astérix. Ferri est excellent ici comme ailleurs
Le parti pris fut de demander au caméléon Conrad de coller au trait d'Uderzo, ce que personne n'a jamais réussi. Il s'en sort très bien mais... nous y reviendrons
j'avais montré ça il y a peu
cette image passe directement du storyboard de Ferri à la case imprimée
Ferri fourni donc un découpage de son scénar (car c'est un dessinateur et, surtout, ca permet le contrôle par Uderzo et l'éditeur)
Conrad fait un rough au format A4 puis il inverse sa page à la table lumineuse, l'agrandit et précise un peu son crayonné, à l'envers pour mieux voir d'éventuelles erreurs, + il encre grossièrement au feutre pour préciser les masses, le tout au format de travail d'un Uderzo : un A3 par demi planche. Puis il inverse à nouveau la planche pour l'avoir dans le bon sens, et finalise précisément le crayonné, visiblement au porte mine car le trait est sans épaisseur. Il imprime sa grande page en bleu et attaque l'encrage (et le lettrage)
Un exemple de rough
un exemple de crayonné poussé
Surtout en tenant compte des délais très serrés de réalisation des planches (Conrad devait bosser tranquillement sur le "tome 2" et suite au désistement de Mébarki il a du reprendre et finir le 1, très vite) je trouve le passage de flambeau Uderzien presque parfait. Uderzo est un grand maitre quasi impossible à imiter. Intéressant ou pas sur son principe, Conrad a réussi... au crayon
Mais à l'encre...il estime que tout ce joue à cette étape (et il a raison bien sur) Uderzo guettait aussi beaucoup cette étape (ne la réalisant plus lui même depuis des années). Conrad a choisi, comme le papa d'Astérix, le pinceau. Bon choix. Mais il a décidé que l'encrage rond d'Uderzo venait de traits qui ne se touchent que très rarement, gardant ainsi une spontanéité. Je ne suis pas d'accord. Reprenez les épisodes de la grande époque : le trait de pinceau est rond, parfois en effet les traits ne se touchent pas complètement, mais c'est assez rare. Alors que Conrad "casse les contacts" a presque toutes les cases. Ce n'est pas raté du tout mais quitte à rechercher la proximité maximum avec l'original il aurait fallu confier l'encrage à Mebarki qui encre depuis bien des épisodes. Mais là rentrent probablement en jeu des égos et volontés perso que l'on peut comprendre (enlever une étape essentielle à Conrad, "auteur complet", et ne garder "que" celle là pour celui qui ne s'est pas senti de faire l'ensemble...)
Exemple de case au rough puis crayon puis encre (et finalisation)



J'aime beaucoup JY Ferri, et on retrouve énormément sa patte dans les recherches de perso, pas toujours suivies. Dommage
Un petit recenseur, fil rouge de l'album, proposé par le scénariste
et la version retenue, plus classique, dessinée là par le maestro lui même
il a encore un sacré coup de crayon le "père Albert"
Uderzo est crédité comme ayant dessiné Obélix sur la (pas très belle) couv. Je trouvais bizarrement l'encrage comme ayant les "tics" de Conrad dont je parlais, Je suis rassuré d'apprendre qu'il a certes fait le crayonné, mais encré par...Conrad (qui s'est chargé aussi d'un lettrage impeccable il faut le préciser)
Conrad n'a pas du passer loin de la dépression, comme en atteste avec ironie son illlue ci dessous, mais le pari est réussi
Je termine avec 3 petits hommages. Les 2 premiers furent publiés en revue, par Geluck et Boucq, le 3ème non, et il est signé par un certain Denis B.


Bonus : en parlant de reprises, que l'on aime ou pas, il semblerait qu'un autre grand héros soir repris. Il parait qu'il y en a en déjà eu (une reprise) calamiteuse. Je n'en sais rien, n'ayant rien lu d'autres que ceux du créateur
Ado, j'aimais énormément ce perso du grand Greg.
Je ne sais pas quand la reprise aura lieu : le dessinateur sera Serge Carrere (je ne connais de lui que Leo Loden) mais c'est le scénariste qui m'emballe : Fabcaro!! J'ai hâte de voir s'il canalisera (un peu) son sens de l'absurde. Pour ceux qui ne le connaissent pas, cliquez vite sur son nom dans les tags de mes entrées, c'est pour moi le dessinateur le plus drôle de sa génération (avec Libon)

10 commentaires:

RDB a dit…

Je ne polémiquerai pas sur la qualité de l'histoire de ce nouvel "Astérix" : je n'ai pas pu aller jusqu'au bout, ça m'est tombé des mains, ce n'est ni drôle ni palpitant...

Par contre, c'est bien dessiné. Mais impersonnel au possible, et là, je trouve que la méthode n'est pas bonne.
Il est difficile de reprendre des personnages aussi célèbres, encore plus certainement quand le dessinateur d'origine et la fille du scénariste veillent au grain. Je comprends qu'ils aient un droit de regard mais ça ne devrait pas aller plus loin, il faut laisser de l'air aux "reprenneurs".
Et en fait c'est là que ça m'a gêné : c'est donc bien fait, mais jamais je n'ai senti une oeuvre faite en liberté.

Prenons l'exemple de "Spirou" : il y a eu des "runs" très différents, mais l'intérêt, c'est que, en dehors de quelques exercices de style, je n'ai jamais eu ce sentiment de lire un album "à la manière" de Rob-Vel ou de Franquin. Fournier a apporté sa sensibilité, Tome & Janry aussi, Yann et Vehlmann pareil (Velhmann avait d'ailleurs déclaré qu'il avait accepté le job s'il avait le soutien de l'éditorial et sa liberté d'écrire), etc. Et je ne parle même pas des HS "une aventure de Spirou par...", pleins d'expérimentations.

Ce nouvel "Astérix" m'a fait penser aux pitoyables reprises de "Blake & Mortimer", qui ressemblent presque à des parodies de Jacobs. Aucune énergie, aucune audace, aucune liberté... Comme certains films ou disques, ce sont des bd de producteurs, et les artistes doivent filer droit. Quel intérêt à faire ça ? A lire ça ?

J'aurai préféré encore une reprise un peu bancal, bizarre, qui sort des clous, que ça. Mais bon, je sais aussi que c'est impossible : "Astérix", c'est désormais plus qu'une simple BD, c'est du business.
Tout le monde va gagner beaucoup d'argent avec ça, mais je ne suis pas convaincu que les lecteurs y gagnent grand-chose.

En tout cas, coup de gueule mis à part, les docs que tu as postés sont instructifs.

Philippe Cordier a dit…

tout ce que tu dis ce défend
Moi j'ai plus eu l'impression d'un cadre (plus qu'un carcan) strict mais qui se relâchera au suivant, le duo ayant prouvé sa capacité. Ca n'enlève rien au vaste débat sur l'intérêt, ou pas, de reprendre ces icones
J'ai trouvé le scénar 100 coudées au dessus des épisodes 100% Uderzo, distrayant et malin. Mission remplie pour moi
maintenant on sent la pression, des ayants droits, d'Uderzo et de feu Goscinny sur l'épaule de Ferri. j'aime quand même

plumoc a dit…

Uderzo encre à la plume???!!Uderzo est connu pour être un virtuose du pinceau.Pressé par le temps (son époque neuf planches par semaine)on raconte qu'il a même dessiné des planches de Tanguy et Laverdure directement au pinceau,sans crayonnés.Virtuose du pinceau donc:ceux qui l'on vu encrer le ventre d'Obélix en tenant le pinceau à pleine main par le bout et, en tournant juste le poignet pour marquer l'arrondi en sont encore pantois.Il me semble aussi avoir lu que Conrad avait utilisé aussi le pinceau-avec beaucoup de difficultés à s'y remettre-pour coller au plus près du dessin d'Uderzo.Il me semble...

Philippe Cordier a dit…

nondidiou j'ai noté plume en pensant pinceau; la boulette, bien sur que c'est du pinceau, Uderzo était même le roi du pinceau; merci, c'est réctifié
Et welcome back Plumoc (à moins que tu ne sois l'un des "anonymes" qui passent ici depuis peu)

plumoc a dit…

Je trouvais bizarre aussi que LE spécialiste de l'encrage confonde trait pinceau et plume.Tout foutait le camp.Misère et re-misère!!Mais ouf:fausse alerte...


Uderzo est effectivement un roi,un roi tout court.Un roi dont il est un peu trop facilement de bon ton de piétiner la couronne je trouve.Mais certains ont ce "privilège"de servir de punching ball:ça délasse.


Merci pour le salut et non je ne suis pas l' anonyme en question. Belle entrée comme d'habitude.

Philippe Cordier a dit…

hé hé, ca m'apprendra à préparer une entrée en fin de journée d'anniv, gavée de nourriture
Cela dit je dois concéder que, régulièrement, je me mélange un peu les ...pinceaux en anglais entre pen et brush si je n'y prête pas attention. Un comble

Philippe Cordier a dit…

et à propos du punching ball Uderzo tu as raison mais je me méfie souvent des extrêmes : encenser tout parce que c'est un ancien serait également dommage (les derniers scénarios qu'il a faits sont mauvais) mais cracher sur lui en automatique est pire. C'est un géant du dessin et de la narration claire et solide

laurentlefeuvre a dit…

Uderzo a toujours eu l'immense classe de ne pas répondre aux accusations les plus simplistes qui sortent dans son sillage (claque-pognon, business-man)...

A la mort brutale de son grand ami Goscinny, il a dû reprendre en plein deuil, et à contrecoeur, les scénarii d'Astérix... tout simplement parce que d'un point de vue légal, personne d'autre n'avait le droit de les reprendre avec lui au dessin!

Ce choix (qu'on peut bien évidemment critiquer dans la qualité du scénario produit) a été fait par responsabilité envers les employés d'une société qu'il fallait bien faire vivre.

Je ne m'étendrai pas sur les convoitises exacerbées autour de lui, parfois de la part de très proches, et dont nous avons tous entendu parler je pense. Cela l'aura certainement rendu bien plus malheureux que ne l'aura rendu heureux d'avoir une Ferrari de plus dans son garage, accordons-lui au moins cette humanité.

Ca ne contredit néanmoins pas l'idée qu'Astérix soit AUSSI un business. Mais pour ce qui est d'Albert Uderzo, il me semble que ce serait injuste de le réduire à un artiste devenu banquier.

Un souvenir :

En 2001, En partenariat avec la Ville de Rennes, Uderzo lance "Astérix et la Traviata" qui se passe à Condate (Rennes, donc).

Il y a un petit buffet organisé à la Mairie. Uderzo a demandé à ce que soient invités les dessinateurs de Rennes. A l'époque, en panne de confiance, je suivais une formation professionnelle, et n'était qu'un vague fanzineux qui lâchait le dessin et la BD.

Me retrouver là, parmi une bonne quinzaine de "confrères", alors qu'on aurait pu avoir au même endroit une salle pleine de brillants entrepreneurs du coin... ça me l'a coupée (la parole)!

Uderzo est passé voir chacun d'entre nous, avec un petit mot gentil. On était trois copains à discuter, un peu farouches. Il nous a demandé si on travaillait en atelier, dit qu'il ne fallait pas se décourager au début. Que quand il a débuté, c'était dur, mais que chacun remontait le moral de l'autre. Qu'avec les départs de des amis (Morris, Peyo, René...) il se sentait comme un arbre seul au milieu d'une forêt dévastée.

C'était un moment profondément simple et humain.

Précision toute bête : je ne suis pas lecteur d'Astérix.



Philippe Cordier a dit…

superbe et éclairante anecdote

Cromosome a dit…

Encore une fois, je suis 100% d'accord avec l'avis de Phil. Je trouve cet album réussi au dessin, à l'exception de l'hideuse
couverture mais il fallait bien faire de la place à Uderzo. Mis à part les dernières livraisons, les scénarii d'Uderzo n'étaient pas si mauvais que cela...je trouve certains un peu dur. De même, le procès du "peu d'audace des repreneurs" me parait injustifié : si l'on veut vraiment de l'audace, je pense qu'il faut lire d'autres types de bds que des reprises : on ne demandait pas à Jacobs de faire dans l'audace (mettre une fille dans une bd !), pourquoi devrait-on baver sur ces repreneurs qui ne casseraient pas ces codes (d'ailleurs, il y a des filles dans ces bds..dont certaines sont excellentes telles la machination Voronov ou les sarcophages (pas sarkophages, hein !) du 6ème continent. Une reprise me parait réussie si le lecteur retrouve du plaisir en lisant les nouvelles aventures de ses héros, et non parceque les repreneurs auraient osé faire de Mortimer un travesti ou d'Obélix l'amant de Bonemine ! on trouve dans D (bd de Maiorano) le proverbe suivant " le lion chasse, la hyène geint"...