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mercredi 24 juin 2015

Tim Cooke

Non il ne s'agit pas d'une entrée sur un big chef d'Apple (auquel cas il y aurait une faute à son nom) mais d'un duel de goût...
un duel Bruce Timm/ Darwyn Cooke
Il sont à l'évidence de la même école, mais des nuances importantes existent
Le 1er a popularisé le style animé/cartoon dans les comics, en allant loin, et avec brio. Le second, à mon sens, est allé encore plus loin en quittant le mainstream pour le hardboiled
Plaisir visuel
Bruce Timm a fait exploser le succès du Dessin Animé puis du comics du chevalier noir
Il a vite compris que du côté de ses p'tites minettes il aurait aussi du succès
 Sur cette illue des X-Men avant/après j'ai une petite préférence pour l'avant, en terme de compo

 Pas fan de son hommage au King
 alors qu'il sait lui rendre hommage plus indirectement
 Il est bon en narration (venant du DA ce serait un comble)
 Les nanas qu'il dessine en commandes privées ne passeraient pas la censure net/blogspot...mais même habillées elles sont classes
 sur du polar on sent que Darwyn n'est pas loin, mais son trait est bien plus rond

En parlant de Darwyn Cooke, démarrons sur le même perso que pour Timm
 Je n'ai pas raffolé de son travail sur la JLA (New Frontier) Graphiquement très beau mais ne parlait pas au non fan absolu de DC que je suis
 Jolie Supergirl
 Chouette photo de famille
 Deux héroïnes qu'il maitrise très bien, 2 voleuses de deux maisons concurrentes

 Et comment ne pas aimer un repreneur du Spirit, perso qu'il dessine si bien
 Peut être l'illue que je préfère, avec ce beau traitement tramé
 Son actu depuis des années, et son meilleur boulot pour moi, c'est le Parker de Donald Westlake, mais j'en ai déjà parlé

Alors...qui a gagné?

15 commentaires:

Laurent Lefeuvre a dit…

Bruce Timm !
Sans hésitation !

Darwyn Cooke est bon, très intéressant, même, mais c'est un "sous-Timm" : Il arrive après, sur les pas de Timm, mais n'a pas atteint son modèle.

En continuant à descendre, on finirait par arriver à Tim Sale (alors là, pas fan du tout).

Un peu comme Finch avec Jim Lee (pardon de la comparaison) : Cooke a opéré une bonne digestion des ambiances, des techniques, des poses "à la" Timm... mais dans tout ces domaines, il est moins bon.

Il n'y a que dans l'image avec Spirit, Dolan et Ellen (plus sûr du nom de la fille) qu'il est excellent encreur/trameur. Mais le dessin n'est pas dément.

Juste bon.

Systématiquement, son dessin est plus faible : Les visages sont toujours "un peu ratés", les yeux mal placés, les expressions un peu "molles"

(je mets des guillements, car Cooke reste un très bon, au dessus du lot).

Son Spirit de profil, en bleu, celui que tu trouves si bien dessiné, et bien moi je le trouve maigrelet, alors qu'Eisner a su rendre si élégante, cette marmule en costume parfaitement taillé. Timm aussi, sait rendre esthétiques, ces cogneurs en costume complet, à la Russel Crowe dans L.A Confidential.

Chez Cooke, l'encrage ne fait jamais sentir un muscle tendu sous le tissu, ni le poids des épaules. Regarde à nouveau son Spirit : Il est soit en train de s'endormir, soit en train de se dégonfler. Dans aucun cas il ne tient délicatement une femme dans des bras puissants. Pas d'érection, pas de fesse, rien.

Dernier argument (après je laisserai mes contradicteurs s'exprimer ).

Les 2 pin-ups de Cooke (CatWoman et Chatte Noire).

Dans les deux cas, elles sont (pour moi) un peu ratées.
Dans ce type de dessin, elles sont censés être à tout près du "photographe/spectateur" (nous).
Nous sommes impliqués car elles regardent vers nous.
Nous sommes logiquement à une longueur de bras ou deux maxi de les toucher, de flirter avec.
C'est le sens d'une position suggestive de pin-up type Betty Page/femme fatale.

Or, chez Cooke, les pieds, les jambes (positionnés en toute logique 2 fois plus près de nous que la tête), sont toujours trop petits ! Comme si on avait pris les filles en photo de l'autre bout de la pièce, puis zoomés).

Cooke a peur des filles ? Il aime dessiner des filles "comme" Timm, mais oublie de les rendre sexuelles. Juste vaguement "sexy".

Elles ne me font aucun effet, tandis que celles de Timm, même si on finit par s'habituer à sa "grammaire" (petits seins, yeux hypnotiques, fausse candeur, hanches troublantes, bouches prometteuses...), nous happent, comme un aimant.

A l'inverse, reprends les 2 hommages de Timm à Kirby (X-Men et Hulk).

A CHAQUE FOIS, le raccourci dynamique (élément le plus proche du lecteur : main de Cyclope, main de Hulk), est grossi, dynamisé, car tout proche de nous.

Timm n'hésite pas à tricher, à déformer la réalité, pour nous inviter dans l'émotion. Avec lui, on fait PARTIE du tableau.

Plus que les bouches déformées, l'encrage dynamique, c'est aussi et surtout ça, l'héritage Kirby.


Cooke laisse à distance, tire la langue pour copier la surface des choses, mais oublie, la vie, le dynamisme, et souvent le mouvement, qui va avec son intention de départ (pourtant réelle, je n'en doute pas).

Mon ressenti global, il se résume en regardant les 2 Batman : Celui de Timm, est campé, puissant, souple, déterminé et majestueux.

Celui de Cooke, sur sa grosse cocotte... n'est au mieux qu'à 15 % de tout ça.

Lionel Garcia a dit…

Je n'ai pas vu énormément de récits de Bruce Timm. Alors que Darwyn Cooke a une production beaucoup plus prononcée.

Il me semble que Timm a un dessin plus anguleux quand il travaille sur Batman. Et je suis d'accord quant à sa pratique des raccourcis. Surement une influence de Jack Kirby et une excellente manière de faire du lecteur un acteur du récit. Celui-ci vit l'action.

J'ai l'impression que Cook aborde ses planches avec la volonté d'amener d'abord à une lecture d'ensemble de celles-ci. Puis le lecteur rentre dans le récit dans un second temps. Il y a chez lui une volonté "esthétique" de la planche dans sa perception "globale" que je ne retrouve pas chez Timm qui se concentre, à mon sens, essentiellement sur les enchainements.

Mais à mes yeux, Bruce Timm et Darwyn Cook restent deux grands artistes. Et les différences qui émaillent leurs travaux représentent, à mes yeux, non pas des faiblesses ou une supériorité de l'un sur l'autre mais bien l'expression d'une diversité artistique qui contribue largement à notre plaisir de lecture.

Philippe Cordier a dit…

Ah que ca fait plaisir pour une fois d’être en désaccord avec toi Laurent!!!
A part sur son approche film noir que j'aime, je trouve que Timm est dans l’auto citation voire la caricature, un peu comme l'est Manara depuis... l'été indien
Il flatte le regard mais il est trop lisse, trop rond pour moi. Attention j'aime beaucoup, on parle de "comparer" deux grands, mais je ne te rejoins que sur la notion de raccourcis (flagrant sur les 2 voleuses maintenant que tu me le fais remarquer) je peux entendre tes critiques sur Cooke, sans les partager entièrement, mais tout s'effondre à mes yeux depuis ses adaptations de Westlake. Pour moi il a gardé à cette occasion l'éventuel "sous Timm" qu'il avait jusqu'ici, et a insufflé à son style un goût prononcé de Mazzucchelli (post mainstream) avec des morceaux de Miller, et de ce fait il vient de passer loin devant Timm dans mon panthéon perso

RDB a dit…

Pour moi, comparer ces deux grands artistes est un peu vain : ils ont chacun une telle maîtrise dans leur exercice - l'animation pour Timm, les comics pour Cooke (dont la production en ce domaine est plus volumineuse que Timm) - que vouloir couronner l'un et pas l'autre ne rime à rien.
Je n'aime pas tellement, en fait, ces compétitions artistiques. La qualité d'un artiste se mesure à l'impact qu'a son travail sur sa discipline. Ce qui est plus pertinent, comme le montre l'article de Phil (même si je ne partage pas tous ses avis), c'est l'approche de sujets similaires et les muscles que ça sollicite aussi bien chez l'artiste que chez le lecteur. Moebius avait très bien théorisé cela en évoquant Hergé et Franquin (la ligne, l'épure, le contrôle du premier, contre le mouvement, la complexité, les doutes du second) : c'est passionnant parce que ça permet à la fois de comprendre pourquoi tel style nous touche plus qu'un autre mais aussi à quel point le dessin exprime l'intimité de l'artiste, nous raconte ce qui l'agite.

Cooke me fascine parce qu'il est efficace avant tout : il cherche constamment des solutions narratives et graphiques pour que le lecteur soit dans le vif du sujet, que ses bouquins soient des "page-turner". Son dessin exprime parfaitement ça : il dépasse les notions de beau pour aller à l'essentiel. C'est sans doute donc moins abouti que ce que ferait Timm, mais ça ne cherche pas à l'être. C'est un dessin punchy, presque rustre, et en même temps très sophistiqué, qui n'hésite pas à flirter avec l'abstraction, quelque chose de brut.

Après, je connais quand même beaucoup mieux Cooke que Timm. Cooke est un des rares dont je suis tout ce qu'il fait avec intérêt. Parfois il me sidère moins que d'autres, mais rarement. C'est un narrateur exceptionnel, et qui, mine de rien, malgré l'étiquette dessinateur rétro qu'on lui colle (à cause des comics souvent situés dans le passé qu'il a signé), se questionne énormément (après le dernier "Parker" en date - car il a l'intention de s'y remettre - il avait donné une itw où il était en plein doute, visiblement au bord du burn-out. Récemment encore, il a expliqué avoir refusé de participer à la série "Multiversity" de Morrison car celui-ci voulait lui donner un épisode façon "silver age" : il était intéressé pour collaborer avec Morrison, mais pas pour être où tout le monde l'attendrait. Et finalement, ça l'a fait rebondir puisqu'il travaille en ce moment à une mini pour Image, "Revengeance", une comédie policière très noire !).

J'ajouterai, pour Phil, qu'il n'est nul besoin d'être un connaisseur de DC pour apprécier "New Frontier", je le sais car c'est mon cas. J'ai toujours considéré cette mini comme une sorte de "Elseworlds", la version de "L'étoffe des héros" (Tom Wolfe) de Cooke. Et avec la dernière édition en date (un gros HC, pas cher, qui reprend tout le matos de l'Absolute edition + des bonus rares/inédits), on dispose de toute une partie annotée par Cooke lui-même qui explique ses références.

Laurent Lefeuvre a dit…

On parle peut-être de 2 choses : l'esthétique, et la narration !

Pour l'esthétique, je persiste qu'aucun dessin de Cooke n'ira sur mes murs (je n'ai AUCUN dessin sur mes murs, en même temps, mais bon).

Tandis que Timm ne me gênerait pas. L'auto citation ne me gêne pas. Frazetta s'est auto-cité constamment. En fait, ça s'appelle un style. Une manière de faire. On adhère, ou pas, on peut se lasser.

Frazetta a développé la sienne, mélange de plain d'influences.

Idem pour Timm (Frazetta + Kirby + Tex Avery + Steranko...)

Mais je lui connais peu de comics, puisqu'il s'est concentré sur le design, les images, le story-board. Le peu que j'ai lu sont très courts, très efficaces , et forts en ambiance. Je crois qu'il s'essoufflerait sur la longueur

Darwyn Cooke est plus un storyteller pour moi. un auteur de comics.

Alors puisqu'ils font 2 métiers différents, je pense qu'on ne peut vraiment les comparer que sur l'esthétique.

Et c'est sur ce critère-là que je suis aussi catégorique : Timm !

(Et je réitère : Son Spirit est faible, dans tous les sens du mot !) =;O)

Laurent Lefeuvre a dit…

Nos messages se croisent, RDB.

D'accord avec toi : Avouons-le, le match Timm/Cooke (comme de n'importe quel "artiste") n'a pas en soi de sens. On n'est pas dans la compète d'athlé avec chronomètre... mais ça fait partie du plaisir de se poser des "questions de sales gosses"... Comme une part de mauvaise foi de ma part de s'amuser à enfoncer l'un pour glorifier l'autre.



Philippe Cordier a dit…

Tu vois RDB il est intéressant de comparer quand même puisque ça fait débat. C'est d’ailleurs aussi une comparaison de goûts
Tu as raison Laurent : si on parle alors d’esthétique on met alors Timm bien devant
En narrateur des histoires courtes (Vertigo) m'ont épaté mais alors son approche cartoony m'endort, même sur le très loué Mad Love avec Dini
Cooke narrateur m'intéresse infiniment plus. Mais je persiste, RDB, mon allergie aux persos DC ne m'a pas permis de rentrer dans le New Frontier, n'ayant pas la moindre empathie pour qui que ce soit
Ses Parker me laisse souvent sans voix par contre
Donc qui vous parle plus, Timm ou Cooke? : Cooke pour moi :-)

Laurent Lefeuvre a dit…

Idem : New Frontier m'est tombé des mains. Avant la moitié.
Je crois qu'il s'emmerde là-dessus.
Que le super-héros, au fond, c'est pas son truc, alors Que Timm s'éclate réellement à dessiner Hulk, Batman et les autres.

C'est pour ça que Timm est aussi bon à les dessiner, et que Cooke ne devient exceptionnel que sur des trucs plus adultes, comme Parker.

C'était la prise de parole centriste.

Philippe Cordier a dit…

Bayroutisation certes, mais parole frappée au coin du bon sens malgré tout

JP Nguyen a dit…

Ouh punaise, ça discute !
Mon avis express : les dessins de Tim sont plus jolis (et ses nanas effectivement plus sexy) mais Cooke à démontré plus de talent dans la narration en comics.
De Timm, je retiens un Batman Black and White ( avec Two-face ) , Mad Love et c'est tout.
Cooke a réalisé plus de trucs même si je suis fan de toute sa production.
New Frontier était ambitieux mais un peu soporifique. J'aime ses Parker et même son Batman:Ego.
Mais Timm est un des pères de BTAS alors pour moi, il aura toujours une place privilégiée dans mon coeur de vieux fan.

Anonyme a dit…

Je rejoins les rangs de la team Timm, sur le seul plan du style (et non pas de la narration vu que Cooke est nettement meilleur dans ce domaine) ma préférence va à Timm en partie pour TAS.

Philippe Cordier a dit…

Et bien je crois que l'on s'achemine vers une sorte d'unanimité : Timm best Illustrator, Cooke best storyteller
?

Philippe Cordier a dit…

Et en tout cas c'est le genre d'échange que j'aime beaucoup

RDB a dit…

D'abord, pour "New Frontier", je persiste et signe : c'est, à mes yeux, un chef d'oeuvre, une des meilleures productions récentes de DC. Lire la "Deluxe Edition", avec tous ses bonus (en particulier les annotations de Cooke), m'a conforté dans cette opinion : c'est à la fois très référencé mais toujours digeste, accessible. Si on ne connaît pas toutes les références, c'est un grand récit d'aventures, avec quelques super-héros iconiques de DC pour pimenter le tout. Si on les connait, j'imagine que c'est un hommage vivifiant, une sorte de synthèse pleine de cool et de punch.
C'est vraiment une mini-série que je place au même niveau que des classiques modernes comme "Watchmen" (dont il pourrait être une alternative).

Après, le storytelling et le dessin, pour moi, se confondent quand un auteur les maîtrise au niveau de Cooke (pareil avec Mazzucchelli). La forme et le fond se marient si bien que les dissocier revient un peu à dire que l'un rattrape l'autre, donc que le texte est meilleur ou moins bon que le dessin. Or, avec Cooke, on a à la fois un grand formaliste, qui est arrivé à assimiler plusieurs influences, et un grand narrateur, qui sait à la fois doser le texte, le traduire visuellement.

Ce que je reconnais à Timm, c'est qu'il a un style incroyablement séduisant et totalement abouti. Pas un truc qui dépasse, c'est une perfection esthétique, on voit un artiste avec un sens du design unique, une vraie griffe de styliste. C'est une marque de fabrique, une sorte d'école graphique à lui seul. Mais c'est aussi presque sa limite car c'est tellement défini qu'on ne voit pas comment il pourrait se dépasser, évoluer.
Alors que Cooke (c'est une chose qu'il a en commun avec Mazzucchelli, même si Mazz' est allé vraiment beaucoup plus loin) expérimente davantage. Par exemple, sur "New Frontier", c'est Kirby-esque (d'ailleurs il avait envisagé de d'abord tout dessiner "à la manière de" avant que son editor ne le mette en garde contre ce côté exercice de style). Quand il est encré par J. Bone sur "The Spirit", c'est propre, lisse, cadré : élégant mais plus dans le contrôle, la retenue. Avec ses "Parker", il va dans une direction brute, avec un aspect agressif, renforcé par la colo très limité (le bleu, le jaune) - mais qui correspond bien à l'esprit des romans de Stark (et au "héros" qui est un vrai jusqu'au-boutiste).

Je ne serai pas étonné qu'il fasse une proposition graphique encore différente sur son prochain projet ("Revengeance") avant de replonger dans le hard-boiled de "Parker".

J'ai une préférence pour ces artistes capables d'adapter leur trait à leurs projets, ces "transformistes" du dessin (Mazz', Immonen, Cooke). Donc si je devais choisir entre Cooke et Timm, Cooke aurait ma préférence, mais pas parce qu'il est vraiment meilleur, plus "performant" que Timm, juste parce qu'il me surprend davantage. Timm, c'est beau. Cooke, c'est étonnant (souvent pour le meilleur, parfois un peu moins, mais jamais de routine).

Philippe Cordier a dit…

Entièrement d'accord sur le "lissage" du Spirit de Cooke contre le côté brut de décoffrage des Westlake
Entièrement pas d'accord sur New Frontier:-) Il m'a fait l'effet d'un anxiolytique. Mais je concède qu'il serait peut être bien que je le relise avec plus d'attention