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lundi 9 avril 2018

Blind Justice

 Le code moral, la dichotomie d'un personnage avocat/vigilante... sont des choses qui m'ont toujours fasciné chez Daredevil
Miller, avant d’être de plus en plus réac (donc avant  le 11 09 2001) proposait souvent de belles pistes de réflexion
Un exemple avec cette scène (qui vient conclure une séquence "pompée" sur Eisner, mais c'est une autre histoire). DD ne laisse pas son ennemi mourir
 Mes entrées sont souvent liées à une découverte graphique. Ici c'est la suite, en beau noir et blanc,  de la scène précédente. Miller donne à DD un discours sur la justice, bien senti et cohérent. La réponse de Manolis est glaciale, lapidaire, sans appel. Avec le recul on peut penser que Miller se placerait plus "chez Manolis" mais à l'époque il n'en transparait rien. Il énonce deux discours, deux faces. Le propre des grands scénaristes
 Quelques temps plus tard, il semblerait que DD ait intégré le discours de son contradicteur
 s’éloignant encore davantage du code moral énoncé, en ayant recours au chantage avec le Caid ("je te rends ta femme si ton politicien corrompu démissionne")
 Pour finir sur du dessin pur : 3 crayonnés de Miller utilisant la même diagonale, et une compo proche.
Miller pousse le crayonné, que Janson encre. Un peu raide au final
 Miller seul, dans un rendu préfigurant le Sin City à venir
 Enfin, un crayonné probablement plus succinct, sur lequel Janson met plus sa patte (et je préfère ce dessin au premier montré)
 Conclusion en clin d'oeil à la case d'entrée de ce post. Joie des lecteurs non anglophones en découvrant, enfin, grâce à Fershid Bharucha, une version non charcutée du chef d'oeuvre Born Again

13 commentaires:

JP Nguyen a dit…

Ces passages comptent parmi mes préférés du run de Miller/Janson sur le personnage. Toutefois, quand DD lâche Bullseye, il y a encore une petite ambiguïté puisque son ennemi le menace avec son saï... DD n'a peut-être pas vraiment le choix, vu la position dans laquelle il se trouve... Et quand il retourne le voir à l'hosto dans le dernier numéro dessiné par Miller, son arme n'est pas chargée...

Philippe Cordier a dit…

Oui c'est vraiment du grand Miller scénariste, avec plein d’interprétations, de subtilités, de voix données et de voies possibles, que l'on ne retrouvera plus chez lui, assez rapidement, à partir de DKR où le ton se fait plus uniforme et où l'avis de Miller apparait nettement plus

Laurent Lefeuvre a dit…

"Non charcutées".
Oui et non. Si les 4 albums de Fershid Bharucha m'ont ouvert les yeux sur la censure des ateliers Lug, les épisodes regroupés sont aussi un remontage, plutôt habile, de quelques épisodes précédents de DD, histoire de raccorder les wagons.

Il y aura eu tant d'éditions de Born Again... jusqu'à l'Artist Edition (l'Ultime, quand on croit avoir fait le tour des plus classiques).

Superbe entrée, as usual !

Philippe Cordier a dit…

ah oui me revient en mémoire un feuilletage rapide avec des pages des numéros pré Born Again dans le 1, maintenant que tu l'évoques
cela dit aucun charcutage de censure contrairement à l'abomination Semic (ah ce dernier épisode "traduit" compilant toutes la fin de l'histoire en quelques cases!)
A l'époque je m'étais jeté sur le tpb us, le 1er, extra, avec couv superbe papier non brillant...qui fut ma bible jusqu'à cet Artist Edition qui est le saint des saints

Lionel Garcia a dit…

Sans vouloir revenir sur l'approche post 11 septembre de Miller, je trouve souvent savoureux, voire, ironique, nos fréquents commentaires sur la droitisation de Miller dans un médium où quasiment tous les personnages ont une tendance prononcée à régler les problèmes par la violence.

Est ce le genre de récit qui privilégie cela ou bien une culture américaine centrée sur les armes?

Laurent Lefeuvre a dit…

Lionel a raison :
Sur ce point, je me demande souvent où je vais avec Fox-Boy, car ces questions de la violence, ses représentations, sont permanentes chez moi.

A ce titre, je trouve Walking Dead d'un fascisme totalement accepté, normalisé, neutre; inodore. Le fond de cette série me gêne infiniment plus que l'œuvre de Miller qui n'aura eu de cesse d'interroger. Walking Dead ne s'interroge pas, et n'interroge pas. PIRE : le nombre de gamins de 10-12 ans que je peux croiser dans les écoles et qui ont accès à la série TV me glace le dos !

Vouloir regarder des zombies à cet âge est normal (moi pareil à leur âge). Y avoir accès aussi facilement, alors qu'il n'y a au fond RIEN au fond de tout ça...

On est loin de Daredevil. Trrrrès loin.


Philippe Cordier a dit…

je pense que c'est en effet assez inhérent au genre, et à la culture des auteurs, d'où un regain d’intérêt majeur, si nous restons sur DD, quand une Ann Nocenti chamboule la donne en disant "hé les gars y a pas que la baston pour régler les conflits"

Sinon je reconnais là un certain jusqu’au boutisme de notre cher Laurent, concernant Walking Dead. Pas sur que tu aies lu la série? Elle a du fond, certes dilué sur la durée mais pas inintéressant : tout disparait, ou presque, que devient le concepts de société? Qui de de ce cher Rousseau...la violence présente me gêne moins que dans bien des séries car elle touche essentiellement des morts vivants! Pour reprendre notre série fétiche je suis plus gêné par le fait que des jeunes soient très facilement face à Sons of Anarchy sur Netflix (quel que soit la profondeur, réelle,de la série, sa violence est infiniment supérieure à WD)

Cromosome a dit…

Marrant cette digression sur les séries car moi aussi je pensais à une série.

Le problème de savoir si la violence de justes doit s'opposer à la violence des méchants, s'il convient d'être tolérant avec les intolérants, s'il convient de laisser Bullseye s'écraser ou pas... a donné lieu à de très belles pages de philosophie, donc je ne m'y risquerais pas au risque d'être ridicule. La situation de DD me rappelle la situation des alliés vis à vis des SS : les Américains les faisaient prisonniers, les Russes les abattaient sur place (beau passage dans la guerre d'Alan, sur ce point). Quid de la bonne attiude dès lors qu'on sait que les prisonniers ont été condamnés à des peines très légères et ont soit coulé de beaux jours dans la police allemande soit, pire, continué leurs exactions en Amérique du Sud. Pas facile, facile...

Marrant que vous me parliez de série car moi, ce dilemme, me fait penser à Columbo ! La plupart des gens aiment son côté malin sous son air perdu. Pour moi, cela va plus loin, car il aime vraiment à jouer avec son adversaire en le faisant passer par tous les états émotionnels sous couvert de " Ah au fait, une dernière chose, Monsieur...". Dans un épisode, il va même jusqu'à faire croire qu'il arrête un faux coupable (un fils) pour que le coupable (un père scientifique qui a utilisé un robot pour lui servir d'alibi) se dénonce lui même (car il a tué pour protéger la réputation de son fils et, il tient vraiment à son fils), faute de pouvoir le démasquer autrement. A la fin, le coupable dit " vous avez gagné, je reconnais " car il va se voir privé de ce qu'il chérit le plus. J'ai toujours trouvé cet épisode très limite...Columbo sacrifie tout, et tout le monde (femmes adultères quand il veut des renseignements) à son obsession de justice. Bref, pas la peine d'avoir du sang ou des zombies, pour avoir de la violence...

Philippe Cordier a dit…

ton Colombo ressemble à un chat jouant avec une souris :)
mais c'est une "violence intelligente" car raisonnée. est ce mieux ou pire je ne sais pas mais ca provoque une réflexion

Surfer a dit…

Sujet délicat en effet, surtout lorsque l’on est père de famille.

Pour ma part la violence dans les médias ne me dérange pas plus que cela pour peu qu’il s’agisse de fictions. Cela peut au contraire servir d’exutoire. Il faut simplement faire la part des choses et l’expliquer aux enfants (Qui bien souvent le comprennent eux-mêmes).
Ce qui me dérange le plus c’est 2 choses :

1) La violence dans les journaux télévisés. Malheureusement, bien souvent, les journalistes sont contraints de montrer pour dénoncer.

2) Les Fake News sur certains sites internet de pseudo actualité ou là, il est plus difficile de faire la part des choses.

Bon, après cette digression, revenons aux comics. J’aurai une petite question : J’aimerai offrir la saga Born Again en VF. Quelqu’un parmi vous peut-il me recommander une édition?
J’en étais resté à mon édition Bethy (qui est de belle facture soit dit en passant). A-t-on fait mieux depuis ?

Merci.

Philippe Cordier a dit…

je suis nul en vf mais déjà ne pas offrir cette de Bethy car il manque au moins une page (celle inspirée de la Pietà)
J'ai vu passer une vf kiosque avec une couv pourrie (de Cheung je crois) mais souple avec un papier non brillant...très bien mais couv pourrie

RDB a dit…

Mon commentaire sera certainement un peu décalé, mais je ne veux pas trop m'engager sur le débat lancé sur la violence en rapport (ou non) avec la culture américaine et sa connection aux super-héros. Cela mériterait une discussion tout à fait à part, complexe et laborieuse qu'une collection de commentaires ne me semble pas permettre (parce que pas assez réactive comme un vrai dialogue "live").

Non, ce que je veux dire, et cela peut renvoyer au graphisme selon Miller-Janson par certains aspects, c'est qu'actuellement je lis le run de Charles Soule sur "DD". Je m'étais depuis son début de ne pas le faire car la fin de celui de Waid était magistrale et que des éléments mis en place par Soule et Garney me déplaisaient. Mais j'étais en manque de DD et j'ai lu le n°600 récemment, qui m'a plu, et j'ai donc donné sa chance au produit.
Narrativement, Soule se complique étonnamment la chose en rétablissant l'identité secrète de DD/Murdock sans l'expliquer pendant quinze épisodes (tout comme Garney commet l'impensable en redesignant le costume de Wally Wood). Pourtant, même avant que le mystère ne soit résolu, la lecture est plutôt plaisante, malgré quelques inégalités. On sent que l'auteur a beaucoup d'idées sans toujours bien les disposer ou les développer (quand il ne les expédie pas comme une quasi-blague). En même temps Soule glisse beaucoup de clins d'yeux à ses prédécesseurs (Nocenti, Waid, Miller, Bendis, Brubaker) de façon élégante, preuve qu'il a potassé son sujet et ne fait pas table rase du passé comme on peut le croire d'abord.

Garney est lui aussi étonnant sur ce run (même s'il est parfois remplacé par des fill-ins talentueux comme Matteo Buffagni et Goran Sudzuka). Bon, il redesigne donc le costume rouge de façon peu inspiré (même si ce nouveau look trouve une certaine justification ensuite) puis il revient aux basiques.
Il se passe à nouveau d'encreur, ce qui ne lui a pas toujours réussi, mais en se réinventant ici. Son influence Joe Kubert reste évidente, mais se mêle à l'esthétique Miller-Janson des 80's puis à celle de Miller dans Sin City, et il en tire des effets très puissants grâce à sa technique solide, son trait souple et nerveux, son découpage généreux (avec de superbes scènes de baston). La colo de Matt Milla est tout aussi radicale, avec une palette volontairement réduite qui donne un look très singulier, audacieux au titre.

Garney est en train de préparer actuellement son départ (tout en ne sachant pas lui-même ce qu'il va faire ensuite), mais Soule paraît vouloir rester sur la série. On peut continuer d'en rester à la conclusion de Waid (qui a quelque chose de définitive) ou attendre une nouvelle équipe créative séduisante, mais le run de Soule n'est pas si mal pour ceux, qui comme moi, aime trop DD pour arriver à s'en passer longtemps.

Philippe Cordier a dit…

je suis assez d'accord sur Soule
DD étant la seule série que je suis depuis des années et des années en single j'ai toujours ce vrai plaisir d'ado de suivre les run et les équipes créatives qui se succèdent, pour le meilleur et pour le pire
Pour Garney je suis par contre bien plus mitigé : J'aime beaucoup cet artiste, et ce depuis longtemps, avec de belles choses au dessin(Cap america, Hulk, Wolvy...)de moins belles (X -Men), des essais étranges (le Surfer, copie de Moebius) des expériences très intéressantes (son JLA encré à la truelle par ses soins me plaisait) mais là... autant le début était prometteur autant depuis quelques mois il se fout de la gueule de monde; Il ne se passe pas vraiment d'encrage, il fait juste directement son trait définitif à la tablette graphique, sur un rough informatique probablement très succinct. Du coup si certaines scènes avec DD sont plutôt belles, des cases sont minables, ressemblant soit à des dessins d'enfants soit à des agrandissements grossiers; Dommage car il est très bon quand il s'en donne la peine
Et même quand ce n'est pas la cata on sent qu'il va très très vite à la tablette
https://comic-watch.com/2018/02/23/review-daredevil-599-the-disaster-artist-or-mayor-may-not-be-in-control/