Rechercher dans ce blog

mercredi 1 février 2017

Evolution d'un Mazzucchelli

 David Mazzuccheli fait partie, de loin, des artistes m'ayant le plus fasciné, à la fois par son talent et par son évolution. Voir ce sketch sur le net (et cette photo ambiance DD/ 80') m'a donné envie de (re?)faire un rapide tout d'horizon de son évolution graphique
 Dès ses débuts, il est dans le découpage clair, l'action lisible. Bon ok c'est méga classique, mais il est jeune et avoir Coletta à l'encrage ne pousse pas vers des prouesses non plus
 Un fill in sur Indiana Jones de la même époque, très simple et aseptisé par un encrage collectif, mais dans l'image deux on constate encore une fois le sens du mouvement
 
 Sens du mouvement qui s’améliore sur ses premiers DD, sous l'encrage un peu lourd de Bulanadi
 Quand il va s'encrer lui même le bond en avant sera phénoménal (ici la pleine page d'intro d'un épisode exceptionnel)
 Gene Colan est tapis dans l'ombre du crayon du Mazz, avec un style personnel tout de même
 L'explosion arrive avec les scénar de Miller, sur LA saga, Born Again
 Un niveau tel que beaucoup pensaient que Miller découpait son scénario visuellement. Que Nenni. Si Miller livrait un scénario poussé, assez descriptif, Mazzucchelli était seul au dessin, et apportait même des idées, comme ces ouvertures systématiques de chapitres sur la déchéance physique de Matt Murdock
 Tout reste très travaillé, même si académique, décors comme personnages, avec un admirable sens du langage corporel
 une efficacité de découpage et de choix d'angles de vues, qui me laissa (et me laisse encore) pantois d’admiration
 Toujours avec Miller, il va sur Batman, pour un passage mémorable. Son dessin a évolué. Les décors sont encore plus poussés mais, par opposition, les personnages se simplifient. Le contraste est saisissant mais particulièrement réussi
 Colan s’éloigne en terme d'influence. Alex Toth est maintenant TRES présent.
 Tout comme Toth Mazzucchelli est passé maitre dans l'art de choisir le moment à "figer" dans une séquence donnée. Et la couleur suit le mouvement
 Silhouette noire/plan rapproché intérieur/vue d'ensemble détaillée/zoom/silhouette noire. Quel talent de mise en scène!
 Dès le découpage au crayon la rigueur, la lisibilité, la narration au cordeau sont là
 Sur la même période il livre son dernier travail "mainstream" pour son seul boulot que je n'ai pas (mais que j'ai lu) Une histoire courte, magnifique, de Ann Nocenti (Marvel Fanfare) Il a changé son trait, plus encore que sur Year One. Simplification qui n'est que le début de son travail d'évolution graphique
 Fini Marvel et DC, Mazzucchelli passe en mode "arty" et qu'on ne lui parle plus de super héros. Dommage en un sens, car il passe d'un groupe marginalisé (les dessinateurs de super mecs) à un autre groupe un peu élitiste (l'indé) mais le plaisir de le regarder grandir encore est là
L'adaptation de Cité de Verre de Paul Auster est relativement proche de son boulot sur Marvel Fanfare, en plus stylisé
 Puis le Mazz continue sur sa lancée, avec beaucoup d'auto productions. Son trait est si loin de ses DD que l'artiste n'est quasi plus le même, sauf en terme d'exigence artistique
 De très jolies choses, aux ambiances choisies
 
 Faire des couv pour le New York se situe entre la consécration et le reniement des ses origines en comics, mais observer son évolution est toujours captivant
 Asterios Polyp est très énervant car présenté comme son chef d’œuvre, LE Roman Graphique (à prononcer la bouche en cul de poule, pour bien marquer qu'un critique ne va s’abaisser à dire "Bande Dessinée")
C'est  magistral certes, somme de beaucoup de réflexions c'est certain, aboutissement de la lente digestion de la forme et du fond, mais Born Again (et Year One dans une moindre mesure) n'en est pas moins un chef d’œuvre également, avec d'autant plus de poids qu'il transcende un genre honni (le super slip) pour dépasser les limites du genre 
S'il n'avait pas passé du temps à dire qu'il ne voulait plus entendre parler de Super héros, avec un petit mépris de mauvais genre, je dirais qu'il touche à la perfection, ayant sublimé différents supports de BD, mais du coup je me dis juste qu'il est dommage de presque renier une partie de son passé, si brillant d'ailleurs
Je trouve que cette case d'Asterios pourrait assez bien résumer l'auteur, tel que je le perçois
Je ne descends pas ce livre pour autant bien sur. Il est excellent même si un peu froid, du fait de son sujet et de sa quasi perfection formelle. Mazzucchelli, pris en entier, dans tout ce qu'il a pu produire et, j'espère, produira, est un très grand, à découvrir et à redécouvrir sans cesse

28 commentaires:

Laurent Lefeuvre a dit…

On commence bien la journée !

Moi, il me perd après Year One. C'est dur à écrire, parce que ça revient à avouer une immaturité artistique (selon les critères en vigueur).

Je n'ai pas son histoire de Golem, qui m'intrigue un peu - pas plus que ça. Mais après, ça ne me touche plus. Son adaptation d'Auster ne m'a jamais séduite non plus.

Dur pour moi d'admettre que cette préoccupation récurrente de "déconstruction du dessin - Il faut oublier ce que tu sais et te remettre à dessiner comme à 4 ans" que j'entends souvent chez mes collègues dessinateurs, m'agace. Il me semble qu'elle prend surtout en considération un désir de "monter en grade", de prouver quelque chose à ses pairs, plutôt que de mieux raconter une histoire.... à des lecteurs.

Pour prendre un autre cas de figure, il me semble que malgré ses évolutions, jamais Eisner n'a perdu de vue de raconter des histoires. Même si ses centres d'intérêt formels n'ont cessé d'évoluer.

Pour en revenir à Mazz, je considère que Born Again est son sommet. Plus encore que Year One.

Et si j'ai vraiment aimé Asterios Polyp, je trouve que le résultat est dans la forme... l'inverse du fond : Il semble vouloir faire l'éloge du lâcher prise, pour savoir qui l'on est, en dépit des codes, de la société, de ce que votre talent peut vous permettre d'accéder. Donc une allégorie (pas hyper fine) du prodige Mazzucchelli, adulé à la fois par les comic-fans... ET l'intelligentsia.

Mais dans sa forme, ça me semble tellement froid, intellectualisé, tellement maîtrisé, y compris dans les moments où il décrit (très bien) la perte du goût à la vie, que c'en est... un peu ennuyeux.

D'ailleurs, Scott Mc Cloud ne fera rien d'autre qu'un remake inavoué (et donc nettement plus "fake" que le premier), avec son récent Le Sculpteur (chez Rue de Sèvre).

Alors sans doute que Mazzucchelli est bien plus mature que je ne le serai jamais, mais c'est ainsi.

Je suis dur avec lui, sans doute parce que Born Again reste pour moi le meilleur arc de comics au monde.

Philippe Cordier a dit…

non tu n'est pas dur puisque tu lui reconnais la même chose que moi,c'est à dire beaucoup mais en avouant rester un peu sur le chemin, artistiquement
Je partage un peu ton approche quant au "monter en grade" même si ce n'est le cas de tous les auteurs (rares en fait) qui "déconstruisent"
C'est pour ça que je trouve que la dernière case d'Asterios que je mets là résume assez mon vision de cet Artiste

et Born Again est clairement son chef d'oeuvre pour moi
Born Again/ Dark Knight Returns/New York de Will Eisner : ma sainte trinité, à jamais

Laurent Sieurac a dit…

gasp ! J'suis immature aussi :p

Laurent Sieurac a dit…

Après nous avons là le parcours d'un auteur qui n'a de cesse d'évoluer et de se remettre en question. Personnellement il y naturellement des réponses qui m'attirent et d'autre qui sinon m'indiffèrent du moins me conviennent moins, mais c'est sa démarche et en tant que telle je l'accepte tout en regrettant sa période comics :D

Philippe Cordier a dit…

à quelques virgules près je suis en osmose avec chacun de tes mots :)

Il est fascinant tout de même au final cet homme là

Laurent Lefeuvre a dit…

Même avec les virgules, Laurent S. sait (une fois de plus) mieux dire... avec moins de mots !

:^)

RDB a dit…

Pour moi, rien ni personne ne saurait être comparé à Mazz : c'est LE maître caméléon. Un géant absolu. Son évolution (sa métamorphose) surpasse tout ce que je connais. Il ne s'agit pas d'un artiste qui change de style en fonction de l'histoire (je doute que cela l'intéresserait de revenir à un trait "réaliste") mais en parallèle à une évidente remise en question très personnelle. On ne discute pas ça.
Avec "Asterios Polyp" (qui est un chef d'oeuvre intouchable pour moi, pas comme un objet d'art contemporain snob, un "roman graphique" pour ne pas dire "bd", mais parce qu'il redéfinit le média, propose de nouvelles pistes), je ne serais pas autrement étonné (même si j'en serai désolé) qu'il ne produise plus rien (étant donné qu'il dessine très rarement désormais et se consacre à l'enseignement, je crois). Une espèce de sortie à la Bill Watterson, qui a tout arrêté parce qu'il avait le sentiment d'avoir tout dit, donné le maximum.

Je me suis abondamment documenté lorsque j'ai rédigé une (très grosse) critique d'"Asterios Polyp" pour tenter d'apprendre les "coulisses de l'exploit" mais aussi saisir qui était Mazz. Je n'ai rien lu d'un artiste méprisant les super héros, plutôt d'un dessinateur qui avait fait le tour du sujet et ne s'y sentait plus connecté : c'est honnête, franc. Qu'irait faire Mazz dans du super-héros aujourd'hui ? Du "Batman" avec Snyder ? Du "DD" avec Soule ? Même Miller (ou Millar) ne saurait, j'en suis sûr, pas quoi inventer pour un bonhomme de cette dimension, avec une telle exigence envers lui-même.
Non, vraiment, quand on a quitté le genre à de telles hauteurs, inutile d'y revenir.

Je n'ai que du respect et de l'admiration pour Mazz'. Il y a Watterson et Mazz'. Tous les autres sont des nains, même nous, les lecteurs, qui cherchons, sans y arriver, à percer leur mystère.

Vinc a dit…

J'adore Born again,
cependant, je trouve que Year one est bien plus mature !
Une maturité forcée ? Lorsque je vois le croquis avec les voitures détaillées, jusqu'au symbole Mercedes… La page en général paraît difficilement prendre forme, comme si son auteur dans un deuxième temps se laissait aller à plus de liberté avec un encrage libérateur en somme.
Je ressent dans son travail ultérieur une réelle liberté et ce jusqu'à Asterios qui lui semble un peu "forcé".
Pour moi, il n'y a rien de naturel chez Maz lorsqu'il fait ses deux chefs d'œuvres comics, mais c'est tellement bien fait que ça semble naturel et tomber sous le sens !!

Philippe Cordier a dit…

Ah l'enthousiasme de RDB!!! ) Je maintiens le léger mépris a posteriori sur le genre super héros, au moins sur une période, pour lavoir ressenti très directement lors d'un bref échange direct avec lui (en 96, ou 97 je crois). Ca n'enlève rien à ce qu'il a fait (de géant) dans ce genre
Vinc, pour moi Born Again est bien au dessus de year one pour différentes raison : le scénar de DD est bien supérieur, viscéral, moins redite. Et surtout le style du Mazz est affirmé de bout en bout sur le batman tandis qu'avec year one nous assistons en direct à la mutation d'un artiste, en live!!! c'est exceptionnel : le Mazz du premier numéro est encore très Gene Colan (en mieux selon moi) tandis que celui du dernier est déjà en partance vers Toth et ce que sera Year One
Une mue devant nos yeux ravis

franck a dit…

Un excellent billet sur un dessinateur que j'affectionnais tout particulièrement. Sa période DD, même si ce n'est pas original de dire ça, est une tuerie avec Born Again comme point d'orgue.Dommage qu'il soit passé à autre chose...
Pour Asterios Polyp, faudra que je relise... Il me semble que j'avais aimé mais pas au point de me rappeler visiblement alors.........
Je partagerais bien ton post sur FB, tu permets ?

Laurent Lefeuvre a dit…

@ Phil : (...) "tandis qu'avec BORN AGAIN (pas Year One !) on assiste à la mutation d'un artiste en live."

(les lecteurs auront rectifié d'eux-mêmes ! ;^) )

D'accord avec toi, d'autant plus que la mutation de Matt Murdock (déconstruction/refondation) se confond alors avec celle de Mazz.

Unique !

D'accord avec RDB : LE géant parmi les moins géants.

Rocky Balboa qui n'aura jamais voulu remettre son titre en jeu. Son strict droit, pas de souci.

Mais de là ma tristesse d'avoir, en matière de super-héros, entrevu l'Olympe et de devoir me contenter (au mieux) des demi-dieux.

Philippe Cordier a dit…

Purée l'erreur oui bien sur merci Laurent
Bien sur Franck partage sans souci
Toujours sympa de voir des commentaires et pas mal de vues quand on se casse un peu le tronc sur une entrée:-)

Lionel Garcia a dit…

Big Man reste également un excellent exemple du travail de Mazzucchelli. Et Fog montre que l'artiste atteint déjà un sommet avant même la réalisation de Born Again.

J'aime beaucoup ta trinité Phil. Mais si Born Again et New York adoptent une approche résolument humaine qui fait que l'on peut s'y reconnaître. Miller avec DKI traite plus du mythe de la chauve souris que de Bruce Wayne. Un chef-d'oeuvre qui se démarque donc des deux opus précités.Et qui m'amène à compléter ta trinité avec un autre récit qui rejoint l'humanité, voire l'humanisme présent chez Eisner et Born Again: "Dieu crée l'homme détruit."

Philippe Cordier a dit…

oui ce récit est très bon, mais je le place bien en dessous de "ma trinité" an raison de certains tics de Claremont et, surtout, d'un dessin bien loin de la flamboyance des Miller/Mazz/Eisner
Mais j'ai énormément aimé ce livre que j'ai lu et relu en vf, et racheté en vo

RDB a dit…

Ce qui est aussi fascinant avec Mazzucchelli, c'est à quel point chacune de ses productions suscitent de commentaires, comme si les lecteurs n'arrivaient pas à en épuiser le contenu. Le meilleur exemple, c'est "Batman : Year One" - une poignée d'épisodes, sur un sujet maintes fois visité (les origines du héros), mais ici tellement dense dans la narration et l'esthétique qu'on a le sentiment que ça résume tout et même qu'il n'y a désormais plus rien à ajouter.
Cette forme d'épure dit parfaitement l'art de Mazzucchelli qui, quand il se "contentait" de dessiner ce qu'écrivait Miller, synthétise ce qu'il y a de meilleur chez son partenaire et y ajouter un vrai supplément graphique. Aujourd'hui encore, on peut lire ces épisodes en y trouver encore matière à discuter, tergiverser, décortiquer... Alors même que Mazz' y dessine très simplement mais aussi (surtout) très intelligemment. C'est à la fois évident et encore énigmatique.

Sans vouloir verser dans l'emphase, Mazz', c'est quand même un dessinateur-événement parce qu'à chaque fois qu'il dessine, il donne du biscuit au lecteur/critique. On tourne autour, on étudie, on apprend, on creuse.

Contrairement à d'autres grands, à la production abondante (les Kirby, Eisner, Toth, et chez les contemporains, Immonen, Romita Jr, etc), il est dans une rareté, il frustre ses fans. Du coup, quand il sort du bois, c'est l'événement, la sensation. Et, même si on peut être plus sensible à l'une ou l'autre de ses bd, on sait qu'il y aura beaucoup à en dire, du temps à y passer, des occasions d'y revenir, l'impression aussi qu'il repousse les limites (quitte à dérouter, déconcerter).

Enfin, concernant l'hypothèse de l'auto-portrait dans "Asterios Polyp", c'est une piste probable. Mais l'histoire révèle aussi que ce génie suffisant, agaçant, morfle beaucoup, traverse un vrai chemin de croix (mutilations physiques comprises), pour finir plus humain, sensible, aimable.

Philippe Cordier a dit…

son duo avec Miller fut probablement la première (et très rare) fois où j'ai eu ce sentiment d'osmose absolue scénariste/dessinateur

Franck Jammes a dit…

Au risque de refroidir tout le monde, une BD, c'est avant tout une bonne histoire, une bonne histoire et surtout une bonne histoire et au mitan des années 80, Miller était le meilleur scénariste de comics. Coup de chance, Mazzucchelli était un super narrateur et il a admirablement servi Milleur sur DD ET sur Year One. En BD, comme au ciné, c'est simple, si je ne m'ennuie pas, c'est que c'est bon. Born Again c'est DD face à Iron Man qui braque sur lui son répulseur. Born again, c'est un pilote d'hélico qui fixe l'incendie qui se reflète sur ses lunettes ou une flamme étouffée par un couvercle... C'est des récits nerveux émaillés de moments de tension entre deux paroxysmes.

Asterios Polyp, ça ne me touche pas. Déjà, le personnage narcissique en lui-même est rebutant mais les effets graphiques ne me semblent là que pour surligner son caractère froid et artificiel, un maniérisme qui peut plaire mais qui ne m'accroche pas, sa raclée, sa rédemption, j'ai le sentiment que c'est commun, une histoire commune dessinée bizarrement... Je l'ai lu, ça ne me passionne pas. C'est le même sentiment que devant Birdman, nombriliste avec des effets qui masquent sinon la vacuité mais le caractère ordinaire du récit. Je veux des histoires qui me transporte.

Philippe Cordier a dit…

pas de refroidissement, juste un avis, à peine plus "extrême" que la moyenne ici qui apprécie plus Born Again que le mazz d'après
Après le débat serait bien trop long à relancer juste ici, mais une bonne historie est largement insuffisante à mes yeux. Fait donc dessiner le plot/script de Born Again par Ron Lim pour voir

Vinc a dit…

L'un ne fonctionne pas sans l'autre. La bd est un équilibre fragile, tout comme le cinéma ou l'animation,… toutes les parties doivent être complémentaires l'une de l'autre.
C'est un avis, mais diverses personnes gravitent dans cet univers. Certaines ont pour affinité le texte, d'autres l'image, mais malheureusement, il n'y en a pas une qui compte plus que l'autre.
En ce qui me concerne, je peux me délecter d'un bd sans la lire si le dessin me plaît. Le contraire est impossible pour moi !!
Aller, je sais aussi qu'il y a les inconditionnels de la couleur aussi ;)

Philippe Cordier a dit…

fut un temps (par snobisme?) je lisais des scénaristes en vogue, ou que j'aimais bien, malgré un dessin bof (certains Sandman/Gaiman, des Milligan...) je pense ne plus en être capable si vraiment le dessin me heurte
Alors qu'en effet "lire" une bd magnifiquement dessinée sur un mauvais scénar reste possible, mais dans ce cas je suis déçu et je ne renouvelle pas forcément l'expérience
C'est vraiment un tout et c'est pour ça que la plupart des très grands de mon pantheon sont "auteurs complets" (prenons déjà juste Eisner et Kubert)
D'où mon admiration sans borne quand l'osmose est telle qu'avec Miller/Mazz

Franck Biancarelli a dit…

Si en tant que créateur, je m'intéresse énormément à l'histoire que je raconte, je ne sais pas ce que c' est une bonne histoire.
-Je sais ce que c' est un bon dessin : Je peux donner une liste de critères objectifs. Cette liste pourra être invalidée par un autre ici présent mais à l'intérieur de cette liste, facile de juger même pour ceux qui préfèrent une autre liste.
-Je peux par complémentarité savoir ce qu'est un bon scénario. Pour faire court un bon scénario est un scénario qui ne se contredit pas. Qui ne quitte pas sa ligne, son personnage principale par exemple, son univers. Pour un polar compliqué d' aller vers des scènes burlesque. On prend le risque de tuer l'ambiance polar. Bref on peut globalement considérer qu'un scénar est bon si s'il a une progression interne qui n' est pas le fruit de désirs de son auteur mais de la dramaturgie que l' auteur à mis en place dans la phase d' exposition.
On peut en pointant la BD décrire ce qu'est une narration fluide, ou une narration expressionniste et donc là aussi cette narration sera jugée bonne si dans le premier cas rien n' arrête la lecture ou dans le deuxième si les plans choisis sont portés par un souffle lyrique.
Mais une bonne histoire je veux bien qu'on me dise comment on sait qu'on a une bonne histoire.

Franck Biancarelli a dit…

Et sinon sur Asterios Polyp voici ce que j' avais écrit au moment de sa sortie.
..
David Mazzucchelli est un de mes maîtres depuis toujours.
Des fantastiques épisodes de Daredevil sur scénario du grand scénariste classique Denny O’ Neil, aux épisodes scénarisés par Frank Miller. De la bascule initiée par l’ expérience "Tohtienne" de "Batman Year One" à celle définitive de ses "Rubber Blankets".
Mais "Asterios Polyp" me laisse un arrière goût.
Pour comprendre le trouble, il suffit de se rendre compte que malgré les 15 années passées dessus, la forme reste parfaitement identique et maîtrisée.
Pour moi, loin d’ être une qualité, c’ est la démonstration que cet acte est définitivement un acte intellectuel. Chaque forme est strictement codée à l’ avance, il n’ y a aucun enjeu de résultat.
Certes, aucune chute de qualité mais aussi peu de surprises émotionnelles de l’ acte du dessin.
Ce livre reste évidemment une Rolls Royce du genre, tous les autres livres du genre sortis au même moment risquent de souffrir de la comparaison, mais je reste sur ma faim de voir une des rares personnes de moins de 50 ans méritant vraiment le terme de virtuose, nous priver à ce point là, des émotions que peut produire l’ acte d’ improvisation du dessin.

Philippe Cordier a dit…

Sur ton 1er commentaire je te rejoins et c'est bien pour ça que je parlais de scénar plus que d'histoire. Parler de bonne histoire est, à mon avis, un raccourci facile et qui, je pense, parle à 99% des gens
Je suis assez peu sensible à la construction (technique) d'un scenar, dès lors que le livre m'emporte. je suis même assez nul poru formaliser quoi que ce soit en terme de construction scénaristique (j'ai un vague souvenir de m'être juste fait la réflexion que, sur Born Again, c'était une bonne idée d'ouvrir chaque comics par l'état physique du perso) C'est certainement pour cela que je suis si peu émotionnelement attiré par les livres d'Alan Moore, trop intellectualisés à mes yeux. Ce qui fait un pont reliant à ton 2nb commentaire, fort logique du coup

Franck Biancarelli a dit…

Oui une bonne histoire pour moi on ne peut le savoir qu'à la fin.
Pour moi un très bon exemple c' est Rain Man.
Les acteurs sont bons, le réalisateur assure une façon de filmer tout à fait satisfaisante. Le scénario est très bon car il prend le perso principal de Tom Crruise dans un état mental au début, nous le rend à la fin complètement transformé et en plus en nous révélant tout au long du film qu'au début, il était cynique pour de vraies raisons c'est à dire des raisons qui le dépassent. On peut décortiquer chaque scène tout s'enchaine selon une vraie logique interne qui fait dire à toute l'industrie, c' est un très bon scénario et pourtant à l' arrivée pour moi, ce n' est pas une si bonne histoire que ça parce qu'imperceptiblement mais surement à chaque scène, la convention l'emporte sur l'originalité. Et ça si jamais on est d'accord avec moi, on ne peut hélas que s' en rendre compte à la fin.

Franck Biancarelli a dit…

Par "à la fin", je veux dire une fois l'objet film fini, pas "à la fin du visionnage"

Philippe Cordier a dit…

raisonnement parfaitement cohérent en tout cas (purée, toute cette absence de critiques à ton encontre, c'en est déstabilisant)

Franck Biancarelli a dit…

Déstabilisant et presque frustrant ;)

Philippe Cordier a dit…

bon allez, à ton prochain commentaire, sur une autre entrée, je compte sur notre désaccord