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lundi 27 juin 2016

Étrange liberté de Nowlan

Le très bon artiste Kevin Nowlan a souvent été appelé en renfort pour encrer, et améliorer, des dessinateurs moyens. Sur des dessinateurs reconnus c'est plus délicat car soit il ajoute son style, avec plus ou moins de bonheur (sur Gil Kane par exemple) soit il n'apporte que très peu comme ce fut le cas avec le Alien  Salvation de Mike Mignola. Parfois il ajoute juste ce qu'il faut (sur Quesada ou JLG Lopez)
Sur Mignola justement, voici ce que j'ai retrouvé. Avant sa starisation (pré Hellboy donc, sa période la plus intéressante) il fut encré par Nowlan
Comparez bien les deux pages. On sent que Nowlan a compris que la stylisation de Mignola est bien cela, une stylisation, et non pas un dessin à terminer (comme a pu le croire Garzon sur le premier Cosmic Odissey) Alors il respecte le trait. Mais pourtant il se permet trois choses : il ouvre le poing de Batman sur l'avant dernière case. Bon ok pourquoi pas, ca peut coller au script, mais le plus surprenant est la 2nde case sur laquelle il enlève l'ombre du visage du journaliste pour le dessiner à sa façon, et puis la dernière case avec un visage de Batman (contre une sorte d'étron géant) qu'il choisit de compléter, à sa manière. Bizarre

4 commentaires:

Lionel Garcia a dit…

Je garde précieusement le n°6 de la revue BACK-UP sur Gil Kane. Plusieurs planches de Kane sur Star Wars sont montrées, certaines encrées par Nowlan. Une merveille.

Philippe Cordier a dit…

ah oui je l'ai lu, mais sur écran,c'est toujours moins bien
Nowlan changeait pas mal Kane, mais toujours pour le meilleur je trouve

Laurent Lefeuvre a dit…

Hello,Phiil,

tu sais quoi ?
je crois que la réponse à tes questions est dans les bulles.

Évidemment, c'est mon interprétation, ça vaut ce que ça vaut.

Batman dit (en gros), "Il faut que je le stoppe", appuyé au sol. La main ouverte, et tendue vers le monstre accompagne cette intention bien mieux qu'un poing fermé.

Idem pour le visage de Batman en dernière case ("Il change ! Il devient de plus en plus large, et AFFREUX !") L'expression de Bats exprime le dégoût qu'il ressent à la fois au toucher, et au visuel de la créature. Cela participe aussi de l'immersion du lecteur.

Pour le photographe, je pense que la raison est autre. Puisque l'appareil photo est en noir (la croix de Mignola indique que c'était son intention), Nowlan a choisi de dégager la lecture du visage, en lui attribuant une zone laissée en blanc sur son pourtour.

Je crois qu'il y a moins volonté de "laisser sa patte", que d'accompagner ce que raconte Mignola, en accentuant et améliorant ses partis-pris.

Kevin Nowlan est un auteur complet. Scénariste, dessinateur, encreur, et coloriste.

À ce titre, et comme il le dit lui-même (Modern Masters) chaque étape est trop cruciale, et peut trop facilement foutre en l'air tout le travail des autres, pour que je la laisse à un autre". Il applique tout simplement ce sérieux, cette considération pour l'objet final (le récit que le lecteur tiendra entre les mains), pour l'appliquer aussi, même quand il n'est "que" encreur.

Avec David Ross (sur Punisher), ça peut sembler "arrogant" car le travail de base est si moyen, qu'il ne reste que du Nowlan au final.

Avec Mignola, j'ose imaginer que les deux se concertent, et qu'au final, ça donne le fameux 1 + 1 = 3 (prôné par Claremont).

Une fois de plus, ça n'est qu'un avis, je ne suis pas dans sa tête.

Philippe Cordier a dit…

Raisonnement plus que cohérent/pertinent
Le photographe traité ainsi évite en effet le moche liseré blanc qui aurait alors séparé les masses menton/appareil
Je trouve juste la "marque Nowlan" un poil trop marquée à mon goût dans le visage de Batman en dernière case