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vendredi 17 juin 2016

Todd et le cache misère

 On parle à nouveau pas mal du Spider-Man de Todd McFarlane actuellement, puisque son long run est en cours de trad 
J'ai déjà eu l'occasion de dire que son passage sur le titre avec Michelinie m'avait bien emballé, en partie du fait des scénar légers et agréables, en partie par la nouveauté qu'apportait le jeune Todd au dessin, et en partie parce que j'étais jeune
Mais il ne faut pas oublier, maintenant que Todd est une star au melon intersidéral, qu'il n'est pas bon dessinateur. Il est malin, sait jouer de ses forces, mais il n'est pas "académiquement bon"
Ses nombreuses faiblesses se voyaient bien lorsqu'il illustrait des histoires qui n'étaient pas les siennes et l'obligeaient donc à dessiner des choses qui ne jouaient pas forcément sur ses points forts
Un exemple avec une page sans action, pleine de maladresses et de bizarreries
 Il se lançait régulièrement dans ces meta cases avec un visage en gros plan et des inserts narratifs. Ce visage! Argh!!
 Quand il tentait des effets de noir et blanc ce n'était pas toujours bien pensé (cf les 2 premières cases avec des contrastes forcés/artificiels)
 Il n’était pas fait pour les pages non spectaculaires, et parfois seul le scénariste sauvait la scène. Ici David Michelinie émoustillait le lecteur ado malgré une MJ étrangement gaulée (ce visage de 3/4 en case 4 avec les yeux trop espacés!!!)
 Alors que faisait le Toddler pour gruger, masquer ses faiblesses? Pas mal de choses à son répertoire. L'une d'elles consistait à saturer l'oeil du lecteur de détails inutiles mais qui comblent le vide et font "cool" pour le jeune lecteur
 L'autre technique, la plus intéressante, consistait, quand le scénar le lui permettait, à axer sur le tisseur, et à mettre pas mal d'ombre pour aller plus vite
 Car c'était bien là son point fort : le personnage principal qu'il transformait en araignée humaine aux contorsions improbables, mais réellement fun pour le lecteur
 Pas narrateur dans l'âme, c'est sur les splash pages avec son perso qu'il brillait (avec ou sans toiles spaghettis)
 Un exemple de force ET faiblesse de McFarlane. La bande du bas est assez faible, ou en tout cas bien quelconque (que l'on aime ou pas le visage en caoutchouc de Peter et la bouche de Madame) mais la bande du haut est redoutable de coolitude
 Idem ici; Il donne tout dans le "money shot" bien classe, au détriment des 2 cases qui suivent
 Une fois qu'il fut bien starisé et qu'il obtint son propre titre, il devient son scénariste et la cata peut commencer. En dehors même de la faiblesse du Todd scénariste (un peu d'indulgence, c'est un métier, et il débutait) le souci est qu'il se faisait des cadeaux, ne jouant que sur ses points forts.
Découper une page en cases verticales a bien sur souvent sa raison d’être en terme de rythme de lecture...mais encore faut il que les dessins suivent, et là...bof (un bout de  main, un bout de voiture...)
 Il expérimentait avec le lettrage avec plus ou moins de bonheur (il aimait le rythme syncopé des récitatifs de Miller mais ceux de Miller avaient un sens)
Il savait flatter l'oeil du lecteur avec des plans efficaces (encore une fois au détriment de la bande du bas)
Je termine avec un clin d'oeil très apprécié à l'époque, qui est probablement passé au dessus de pas mal de ses lecteurs
 
Je suis un peu dur avec McFarlane, je le reconnais, mais d'une part j'ai déjà concédé qu'il avait apporté un renouveau, et du fun au personnage. Il a laissé sa marque, mais ça ne doit pas empêcher de mettre en avant ses faiblesses. Et d'autre part, pour suivre de loin en loin ce qu'il fait et/ou dit ces derniers temps, il n' a pas évolué/progressé en dessin (quand il daigne dessiner) tandis que son ego a, lui, continué à grossir
Quand on la grosse tête il faut, à tout le moins, en avoir les moyens

12 commentaires:

julien a dit…

Je te rejoins sur ses faiblesses, et sur son point culminant (fin d amazing / spiderman / debut de spawn). Pour moi il a même régressé.
Cependant, sa cover de spiderman 1 m'a foudroyé à l'époque. c'était incroyable, tant le dessin que le message qu'il transmet. mais en ce qui concerne ses points forts, il est assez unique dans le métier. j'aime beaucoup cet auteur, et je regrette qu il soit souvent si décrié. L'affaire gaiman le montre : il est la victime, mais sera toujours considéré comme le méchant voleur. On notera au passage que Frank Miller, Grant Morrisson, Dave Sim et Alan Moore avec le même "contrat" n'ont jamais voulu récupérer quoi que ce soit. On a la classe ou pas.
Bref, je trouve cet article un brin plus porté sur les defauts que les qualités. jamais, pour moi, spiderman n a été mieux dessinés que par mcfarlane.

et son torment etait vraiment sympa....

Franck Jammes a dit…

Comme les images boys, McFarlane s'est spécialisé dans les dessins "in your face" mais au moins avait l'intelligence de savoir qu'il fallait préparer ses effets (contrairement à, au hasard, Rob Liefield). Ce que tu montres, c'est qu'il les préparait mais pas toujours très bien. Le dessin in your face au détriment du reste.
Sinon, j'ai très vite eu le sentiment, passé les premières impressions, qu'il nous faisait toujours le même dessin et que moins il avait à raconter, plus il s'étalait. (cf. Torment).
Spawn a été un catalogue de ses impasses graphiques et narratives.
Et je détestais sa Marie-Jane.
Du moins a-t-il testé des effets et a-t-il réalisé un Spidey vraiment personnel.

Philippe Cordier a dit…

D'accord avec Franck
Julien tu te trompes :)
J'ai moi aussi beaucoup aimé sa couv de Spider-Man 1, et son approche ainsi que que ce qu'il a apporté, mais impossible de dire qu'il fut "victime" Nous ignorons les coulisses de l'affaire mais s'il est probable que Gaiman ait peut être exagéré (et encore, il faudrait en savoir plus) McFarlane est un VRAI business, sans scrupule et brillant dans son domaine. En aucun cas une victime
J'ai volontairement axé + défaut que qualités (même si je les cites) mais je ne peux pas te laisser écrire que Spidey ne fut jamais mieux dessiné, sans au moins te contredire :)
Il a apporté indéniablement quelque chose, et a marqué le perso à sa façon,mais il n'arrive pas à la cheville, pour n'en citer qu'un, de Ditko

julien a dit…

Tout le charme de l'art que chacun puisse y trouver ses émotions. il n'y a pas de débat possible sur ce que je ressents :)

Pour appuyer un peu plus mon propos Gaiman V McFarlane : Todd annonce vers spawn 10 qu'il veut des p*t*ins de scénaristes pour étoffer son univers naissant. Il paye donc ces personnes pour injecter des éléments. Moore le fera (Cogliostro le mentor, structure de l'enfer...).
Gaiman pose l'idée de l'ange, antithese du demon. Ainsi nait Angela, vaincue dans la foulée.
Gaiman prend son chèque et va frimer ailleurs.
Mc Farlane utilise les éléments à sa disposition. Angela deviendra un personnage important mais rare.
Mc Farlane fait fortune dans les jouets, et fait des jouets d'Angela. Gaiman voit l'ouverture.
Il reclame les droits du personnage. Refus de Todd :"c'est à moi, je t'ai payé pour le faire, et j'ai la création visuelle."
Gaiman arguera que Todd ne peut pas le prouver, et en effet il n'y a jamais eu de contrat. Même si Moore et les autres diront que la version de Todd est vraie, face à la justice ca ne suffit pas.
Gaiman pleurera son personnage, niah niah niah. Il fera un procés à TMP à l'époque où ils sont en quasi faillitte et récupérera son personnage.

Il le vendra 3 mois après à Marvel, qui en fera... n'en parlons pas.

Ce qu'a fait Gaiman, c'est comme si on prenait l'elektra de daredevil (epoque miller) pour la mettre dans GI Joe.

Cette attitude est vraiment méprisable. Gaiman n'a rien d'un gentleman, et MCfarlane n'est surement pas ce cynique businessman qu'on aime à décrire.

Philippe Cordier a dit…

Pour l'art et le ressenti tu as raison, sans doute possible

Pour Gaiman/ McFarlane je reste sur ma position : tu as peut être raison mais il nous manque forcément des bouts de l'histoire (et juridiquement c’est encore plus certain qu'il nous en manque)
Je ne sais pas comment est Gaiman,niveau business, mais que McFarlane soit cynique ou pas c'est assurément (en tout cas aujourd'hui) un redoutable businessman

Franck Jammes a dit…

McFarlane et les Image Boys lancent des séries creator owned pour que les droits appartiennent aux auteurs et dénoncent le système des majors (cf. l'épisode de Spawn avec Cerebus)...
Et puis, ils font la même chose : ils engagent des scénaristes qui abandonnent leurs droits à l'éditeur.
Y a eu un accord verbal entre Gaiman et McFarlane ?
Pas de contrat écrit.
Les tribunaux ont donné raison à Gaiman qui a récupéré son personnage.
Il l'a vendu à Marvel ensuite ?
Cette fois, il y a un contrat.
Pas d'ambiguité.

julien a dit…

c est la confusion classique. Image te permet de creer tes persos. Ils sont à toi. Image te finance tes premiers episodes puis tu rembourses.
ca a changé depuis mais à l époque c'etait le concept.

Gaiman n'est pas venu faire sa propre serie.

Il vient ecrire un episode. Il est payé pour ce travail, qui est : apporte des élèments que je puisse utiliser par la suite.

De plus Angela est un ange (woah) qui est l'opposée du démon spawn (homme noir violent et instable / femme blanche calme et posée). Quel travail approfondi !
C'est tellement plat qu'elle sera immediatement éjectée de l'histoire.

C'est Mc Farlane / capullo qui en feront un personnage plus interessant, l'integrant à la mythologie de cet univers.

mais c'est tout ce travail que Gaiman va récupérer, pour rien car il s'en fera juste un paquet de fric apres. il faut voir que dans l'univers de spawn c est une perte terrible, l'équivalent d un thor / cap / iron man pour les vengeurs.

Encore une fois, cette affaire est plutôt lamentable et il m'a toujours semblé injuste que gaiman soit le mec que l'on plaint. Je me repete mais alan moore (pas le dernier pour bouder), frank miller, dave sim ou grant morrison ont eu la classe de respecter la parole donnée. A moins que ces 4 là + mc farlane n'aient comploté contre gaiman.

Philippe Cordier a dit…

McFarlane attire les polémiques, que ce soit sur son dessin, ses propos ou son business, donc je dirais que sauf à être au coeur d'un souci avec lui, en tant qu'observateur extérieur il ne laisse pas indifférent et c'est déjà ça :)

Lionel Garcia a dit…

Je n'ai jamais aimé les scénarios de Michelinie sur Amazing Spiderman. Au risque d'offusquer j'ai une nette préférence pour le run de Mc Farlane en tant que scénariste-dessinateur. Même si, au fil des épisodes son dessin montrait de plus en plus ses limites.

Pour ce qui est de Gaiman, je me souviens d'un entretien dans Comic Box, où le scénariste anglais disait que Mc Farlane était pire que Marvel. A ma connaissance, Mc Farlane ne semble avoir eu de problème qu'avec Gaiman. Les auteurs spoliés par Marvel ou DC sont par contre légion. Je me souviens également, d'un entretien d'Alan Davis qui déclarait dans un Comic Box, qu'il possédait les droits de la plupart des visuels de Miracleman et qu'il s'était opposé à toute reprise ou réutilisation du personnage. Ce qui n'a pas dérangé visiblement Gaiman pour la reprise du personnage.

La frontière entre les "bons et les mauvais" n'est pas toujours évidente.

Philippe Cordier a dit…

Et encore une fois il nous manque forcement des éléments
Même si les 2 gars semblent..speciaux.

Franck Jammes a dit…

Et s'ils étaient tous les deux des caractériels ?

Philippe Cordier a dit…

entre autres