Rechercher dans ce blog

lundi 6 juin 2016

Road trip en Lorraine



 Mais que voilà un livre intéressant!
Denis Robert. Ok, tout le monde le connait, ou presque. Je suis sensible à son discours, en tout cas suffisamment pour avoir acheté, et beaucoup apprécié, l'Affaire des Affaires, (sur Clearstream) avec l'excellent Laurent Astier au dessin
Je suis aussi sensible à certaines BD reportages, à la Davodeau/ Revue Dessinée, donc je suis relativement dans la cible
Maintenant je ne sais pas si j'aurais acheté ce livre, apprenant qu'il s'agissait encore (cf l'Affaire) de  Denis Robert lui même en narrateur. Je pensais avoir fait le tour avec les 4 volumes cités.
Soyons honnête je l'ai acheté en petite partie par curiosité et en grande partie parce que le dessinateur est un copain (si si Franck)
 C'est un road trip dans la région qui porte le nom de l'album (chose absolument pas prévue, ni actée pour la région, lors du choix de ce titre d'ailleurs)
Je focalise assez rarement sur les histoires, et pour le coup je trouve que de très nombreux articles font déjà l'éloge, à juste titre, de ce trip père/fils qui traverse la région, l'époque, la politique, l'actu, les travers et une forme de désespérance. Les bonnes critiques sont méritées, le travail de narration est excellent et le côté donneur de leçon que l'on peut craindre n'y est pas. 
Bref moi, c'est le dessin qui m'intéresse
Je n'aime pas toujours tout ce que dessine Franck Biancarelli d'habitude (même si j'apprécie souvent). Mais là...chapeau bas; L'aridité apparente n'est souvent qu'illusion, et ce ressenti ponctuel colle au sujet/morceau d'histoire traité
Les premières choses que montraient Franck pendant la réalisation de l'album me plaisaient beaucoup, avec un aspect rapide, croquis d'instinct d'après reference (ce qui n'est pas un oxymore) qui me faisait craindre le principe même d'une mise en couleur
 Je me trompais. La colorisation est à l'avenant du dessin, raconte autant que le trait, s'efface quand nécessaire et revient en force pour appuyer des sensations
  Franck joue pour la première fois, à mes yeux en tout cas, au caméléon.
Quelques exemples, en vous priant d'avance de m'excuser pour les photos que j'ai prises au téléphone portable
Des séquences sont proches de ce qui est pour moi presque une caricature de la BD Reportage, c'est à dire une narration très syncopée, figée, à base de photo à l'évidence. mais cela sert le propos
 Des pages viennent flirter avec le carnet de croquis, et nous immergent dans l'action
 L’académisme de construction des personnages, héritage entres autres de JLG Lopez, pointe le bout de son nez sur certaine scènes
 Le trait peut partir en cartoon pour être dans l'image iconographique, le délire visuel
 les codes couleurs se rapprochent alors même par moments de Mazzuccheli (Asterios Polyp, Rubber Blanket)
 Le découpage revient en force,classique, solide, et le trait tout aussi solidement épuré, sur des périodes qui le nécessitent
 avec le plus souvent  une admirable finition
 Les grands Maitres du noir et blanc ne sont jamais loin (avec des choix de couleurs faussement simples)
 Non vraiment, Mister Biancarelli m'a pas mal bluffé. Comme s'il mettait en évidence toutes ses influences (il y a là, dans des proportions diverses, du Garcia Lopez, du Rossi, du Toth, du Caniff/Sickles, du Goossens même...) pour au final en faire son trait à lui.
Et un gars qui parvient à mettre dans une scène, une page mémorable du Dark Knight Returns, moi je dis...je ne dis plus rien en fait, ou plutôt si : tous chez votre libraire BD!

6 commentaires:

Franck Jammes a dit…

Dans ma liste de commission.

Laurent Lefeuvre a dit…

L'album de l'année 2016, pour les gens de goût (ça n'engage que moi, évidemment).

Philippe Cordier a dit…

alors forcément, je te rejoins :)

Laurent Sieurac a dit…

PAs encore lu de mon côté mais sur la pile ;)

Franck Biancarelli a dit…

sharé comme dirait l'autre :)

Vincent a dit…

Bel éloge, Philippe. Mérité certes... mais si bien troussé. Bravo
PS: Admirable ouvrage !