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jeudi 5 mai 2022

We're only humans

 

Cette image, excellente, de Jean-Yves Ferri m'a renvoyé au géant Will Eisner qui donna un petit cours d'humanité cynique mais réaliste, il y a bien des décennies









13 commentaires:

L'Anonyme a dit…

Intéressant que tout cela et d'ailleurs, cela me fait penser que je n'ai jamais pris le temps de m'intéresser au contenu de "Will Eisner's Quarterly". Visiblement, il y a des pépites dedans !

Laurent Lefeuvre a dit…

Très beau !
Un peu binaire dans le message ("Avant, on a inventé la solidarité, aujourd'hui, l'individualisme domine").

Un peu court pour en faire un élément sérieux de discussion.


En fait, on dirait le préambule de quelque chose.
Comme celui de son livre "Le Complot", sur l'invention du fameux (et totalement faux) "Protocole des Sages de Sion" : On part de l'aube de l'humanité pour commencer le récit... du récit.


Le Complot est le livre testament d'Eisner, celui où il s'engage, comme avec Fagin, et assume la bande dessinée comme outil de propagande (dans le sens positif, celui de propager une pensée, pas de manipuler).

Il ne passe pas par la fable morale (comme Le Contrat avec Dieu, ou l'Appel de l'Espace, mais parle en son nom propre.

À ce titre, "Le Complot" est sans doute le plus nécessaire à republier aujourd'hui... tandis que ses droits sont connement bloqués chez Grasset, dans une édition lamentable (l'actuelle couverture le fait ressembler à un bouquin de la fachosphère - c'est un autre débat).

Philippe Cordier a dit…

je me suis fait exactement la même réflexion Laurent, au point que j'ai regardé si je n'avais pas oublié de mettre des pages après la "conclusion" de cette petite fable de quelques pages
Il aurait du rester sur les hommes des cavernes je pense

Le Complot j'ai la vo d'origine très belle mais si le message est on ne peut plus essentiel c'est très très loin d'être mon livre favori de lui, je préfère de beaucoup quand il se "cache" à peine dernière une fiction

Anonyme il y a des pépites dans les Quartelery, pour la majorité que l'on retrouve ailleurs, mais pas toutes
je pense que j'en montrerai d'autres

Quant à Ferri c'est pour moi un génie du trait qui tombe juste et qui tape où il faut

L'Anonyme a dit…

J'ai aussi la VO du Complot qui est top, et je suis déçu d'apprendre ce que tu dis, Laurent, à propos de la VF. Car c'est effectivement un ouvrage indispensable pour éduquer la pensée face à la prolifération des pseudos complots, fake news & autres hoaxes, un ouvrage qui mériterait d'avoir de la visibilité en librairie.

J'avais adoré, à la lecture, le boulot mené par Eisner pour décortiquer ce faux. Je m'étais documenté auparavant, un jour, sur "Les Protocoles des Sages de Sion", mais rien d'aussi limpide que le livre d'Eisner, aussi je le conseille aujourd'hui volontiers à quiconque veut s'informer sur ce faux.

D'une certaine manière, c'est très chouette qu'Eisner ait aussi réalisé à un moment dans sa carrière une oeuvre qui s'apparente à un véritable travail de journaliste d'investigation mis en image.

Laurent Lefeuvre a dit…

C'est ça !
Sentant la fin venir, il a probablement transformé son métier de conteur... en devoir de passation.

Et ce qui est terrible, c'est qu'il met en scène l'inutilité de sa propre démarche, puisqu''il n'y a pire aveugle que celui qui ne VEUT pas voir.

À moi non plus, ce n'est pas mon Eisner préféré, loin de là, mais sous cet aspect d'œuvre utile, je pense que c'est son livre le plus important. Il devrait être lu et étudié bien au-delà du cercle des esthètes (nous !), des lecteurs de comics, ou même de BD.

C'est un livre VRAIMENT important.

L'Anonyme a dit…

Totalement d'accord, mot à mot.

Philippe Cordier a dit…

entièrement d'accord, mais j'ajouterai, pure extrapolation, qu'il y a aussi la (re)découverte plus assumée de sa judaïcité
Il l'évoque bien plus frontalement que jamais, et cette notion apparaissant sur le tard me renvoie à mon autre idole de cette génération, née un an avant : Kirk Douglas évoquait cette religiosité arrivant très tard, sur la fin de sa vie (il y avait plus avec lui car il s'est mis a faire beaucoup de bien autour de lui, avec ou sans lien avec la religion, faisant dire à un de ses amis "tu achètes ta place au paradis" )

Laurent Lefeuvre a dit…

Oh merde.
Tu veux dire qu'il ne l'aurait pas fait par pur internationalisme, par humanisme, mais par sentiment tardif de religiosité ?

"Une place au paradis?"

Quelle perspective... décevante.

En fait, je n'arrive pas à y croire.

On en reparlera quand j'approcherai du tombeau, mais ça me paraît pas à la hauteur du bonhomme.

Philippe Cordier a dit…

les deux
Il était clairement altruiste, même s'il a un peu réécrit sa légende, mais sur la fin de sa vie il a reconnu, avec beaucoup d'humour que la fin approchant ne l'incitait pas à être moins bienveillant
Et la remarque sur le paradis ne vient pas de lui, elle l'a fait sourire (sans qu'il contredise)
J'ai pas mal lu sur lui, et de lui, et croit moi il n 'y a pas de déception à avoir, c'était un géant qui était...humain

Laurent Lefeuvre a dit…

L'un n'empêche pas l'autre (l'admiration, les qualités humaines indéniables...).

J'ai aussi lu "A Spirited Life", et u paquet d'interviews ou témoignages.

C'est mon côté agnostique, que je vois comme un devoir de lucidité, qui donne (obscurcit ?) mon jugement, et me fait croire que, comme moi, les gens comme Eisner doivent se reconnaître dans le fameux texte de Stig Dagerman, suicidé en 1954, à 31 ans, et dont le texte-héritage "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" se trouve résumé dans l'extrait suivant :

"Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier."


On est partis loin, là !

=:^)

Philippe Cordier a dit…

héhé

juste pour être sur : je ne parlais que de Kirk Douglas sur mon dernier commentaire hein
idem en disant avoir pas mal lu sur lui, car si on parle de Eisner je ne suis pas loin de TOUT avoir lu sur lui : ) en tout cas tout ce qui est sous forme de livres

Laurent Lefeuvre a dit…

Le fils du Chiffonnier, pour moi. "Ragman's Son".

Ce qui me le rapproche toujours de Joe Kubert, pour des raisons évidentes... cimentées par ce personnage en commun chez les deux du Ragman.

Philippe Cordier a dit…

Lu deux fois pour moi (ah cette fin extra où il passe le relais avec humour au fiston), et ensuite quelques auto bios plus récentes et où il ne perdait rien de son style et de sa verve

le parallèle avec Kubert est en effet ultra évident, dans plein de domaines